La lutte contre les pirates en mer de Chine

La lutte contre Les pirates

Comme nous l’avons vu dans les chapitres (1) et (2) concernant « l’interdiction des armes  » , le piratage subit par les bateaux de commerce des Ryûkyû(s) va avoir pour conséquence qu’une interdiction de cette nature, ne pouvait être que relative. Les marchands seront les premiers à préparer la défense de leur cargaison et de leur vie lors des longs périples pour rejoindre les terres étrangères où ils se rendent pour commercer. Quand le commerce deviendra une affaire d’état, le gouvernement royale des Ryûkyû(s) 琉球大国 leur emboîtera le pas. L’invasion du royaume par le clan de Satsuma 薩摩藩 , donnera dans les premières années de l’occupation des difficultés à protéger efficacement les navires du fait des restrictions de l’armement dont est l’objet le royaume mais devant la recrudescence du piratage, les autorités de Satsuma 薩摩藩—- bénéficiant largement, des retombées économiques de ce florissant commerce—- deviendront beaucoup plus souples devant la rude réalité qui s’impose à eux .

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Fig.0068 – Les pirates Wakô 倭寇 lors d’un abordage. Peinture du 17e siècle. University of Tokyo.

Les pirates 海賊 qui infestaient la mer de Chine étaient originaires des pays environnants. Les Japonais , les « wakô 倭寇 » dit aussi les kairagi  » Démons des mers déchaînées 海乱鬼  » s’ étaient vite fait une réputation en la matière mais il n’étaient pas les seuls à écumer les parages . Les Chinois et les Coréens leurs emboîterons le pas. Au plus beaux jours de la piraterie, le pays d’origine sera sans grande importance et les groupes ainsi formés seront souvent un assemblage de nationalités 番賊 uni dans la même quête de butin.

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Fig.0083

Les pirates sont forts nombreux et infestent littéralement la mer Jaune 黄海, de Chine 东海 et du Japon 日本海.  Christian Faurillon karatehistorique.wordpress.com

À certaines périodes historiques, le piratage diminue, semble être en voie de disparition puis soudain, réapparaît encore plus virulent et dévastateur qu’auparavant; c’est un phénomène en dents-de-scie Il faudra attendre le début du 19e siècle et l’arrivée des puissants vaisseaux occidentaux de guerre et à vapeur pour que le piratage régresse définitivement .

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Fig.0070- 浮世絵 “Combat diabolique” . Estampe.

Beaucoup de ces pirates Japonais , Chinois, Coréens et Malais confondus, anciens pécheurs de profession, sont devenus des pirates par nécessitée. La misère les aides à sauter le pas. Des petits daïmio 大名 japonais des provinces maritimes, on très vite compris le bénéfice qu’ils pourraient tirer d’armer des bateaux pirates et de se servir de gueux déboussolés pour s’enrichir à peu de frais.

Depuis la nuit des temps le piratage a été un moyen de gagner sa vie comme un autre, peut être même mieux qu’un autre, au 13 et 14e siècle il était presque devenu une industrie.

Un chef légendaire Soda Saemontaro 早田左衛門大 , se constituera une base immense sur l’île de Tsushima 対馬島. il faudra attendre l’exaspération du royaume Coréen 朝鮮王国, survenu après un raide dévastateur sur la ville portuaire de Haeju 海州 , pour que le souverain se décide enfin à lancer une campagne militaire contre ce nid de pirates. suite à quoi le shogunat 徳川幕府, ne voyant pas d’un bon œil les Coréens se rapprocher trop près des côtes de l’empire du soleil levant, se met à calmer le jeu plus que trouble des petits daïmio大名 .

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Fig.0073 – Jonque chinoise.

L’expédition punitive sur l’île de Tsushima 対馬島 est menée par le général Pak Wi 박위 et est lancée en 1389. Au cours du raide, il brûle 300 navires pirates et libère une centaine de prisonniers coréens, la population locale de l’île fera les frais de l’expédition car elle sera massacrée sans aucune pitié. Les Coréens n’ayant pas pris le temps de faire la différence entre les pirates et les simples villageois. Après cette mémorable vengeance, les grandes bases comme Tsushima 対馬島 se feront rares mais le piratage plus ou moins organisé, lui,ne cessera pas de si tôt.

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Fig.0072- 浮世絵 Guerrier japonais. Estampe.

Que ce soit en haute mer, au mouillage ou sur les rivages, le piratage sera la hantise de générations de marins, commerçants et paysans îliens À la fin du 18e siècle, Un autre chef pirate se fera une réputation morbide; un Chinois dénommé “Lam Fat Chi 林發枝 “ et surnommé « le roi de Shanghai 上海 王, le roi des mers » il écumera  à tour de bras cette partie du monde maritime.

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Fig.0082 – Bateau japonais. Estampe d’ Utagawa Yoshikazu

Piratage et razzia sur terre:

Non seulement le danger est présent en mer mais mais le littoral n’est pas épargné. il n’est pas rare que les pirates lancent des raides et razzia sur les côtes les moins bien défendues de l’archipel des Ryûkyû .

La tradition orale de l’île d’Aguni 粟国島 nous en procure un exemple:

 » un groupe de quatre ou cinq pirates s’approchent d’une hutte isolée et aperçoivent une femme; ils se ruent sur elles. la femme terrorisée essaye de se barricader dans sa maison mais peine perdue les pirates la saisissent et la violent. Les cris donne l’alerte et des villageois courent jusqu’au poste de « police » 番所. pendant ce temps là, le mari met maladroitement  le feu à la hutte brûlant ainsi et sa femme et les pirates. Le récit se termine par l’histoire de la femme qui depuis hante , les nuits , la plage où ont débarqués les pirates. «  Source : Aguni Shima no Minnwa「粟国島の民話・海賊に襲われた女 」 Récit non daté  /   Traduction: Christian Faurillon .

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Fig.0088 – Habitation traditionnelle des Ryûkyû.

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Fig.0401 – Village côtier.

1556 — Un autre exemple :  Christian Faurillon karatehistorique.wordpress.com

En 1556 des pirates « wakô 倭寇 » de retour d’expédition et de razzia des côtes chinoises dérivent jusqu’aux Ryûkyû(s) mais ils sont interceptés près des rivages par des « gardes côtes » ryûkyûïens 海疆守臣, un combat s’engage au cours duquel le navire pirate est brûlé et coulé. Les troupes royales sauvent des kidnappés Chinois, qu’ils feront rapatrier par la suite. Source 「奄美夜話・ 義高之・P.124」 Milieu du 17e.

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Fig.0269- La décapitation est le sort réservé aux pirates.  Cliché du début du 19e siècle (Chine).

La tradition orale de l’île d’Ogami大神島 nous laisse également le récit d’un raide sanglant dont a fait l’objet l’île. Des pirates venus chercher un butin qu’ils avaient caché sur l’île, massacrent toute la population, dépités qu’ils soient de n’avoir pu le récupérer. Les pirates sanguinaires n’épargnent que deux enfants, seuls témoins survivants du drame . Source: 「大神島の伝説・海賊の宝探し」préf.okinawa.

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Encore une autre tradition orale :  « La légende du  » rocher de la grand-mère ⇒ ichikuma hâ-mé 伊計のイチクマハーメー  »

devant la plage du village de l’île d’Ikeï 伊計島 (côte Est d’Okinawa) se trouve une grande pierre . Cette pierre se nomme « hâ-mé ハーメー » en hommage à une femme qui a sauvé du déshonneur les autres femmes de l’île. À une époque où elle était encore jeune et belle, des pirates ont lancé un raide sur le village pour le razzier et violer les femmes. Voyant cela et pour laisser aux femmes et jeunes filles terrorisées, le temps de s’enfuir, ichikuma hâ-mé 伊計のイチクマハーメー s’est sacrifiée en s’offrant aux pirates. Depuis ce temps et en son hommage, cette pierre porte le nom  » ichikuma hâ-mé 伊計のイチクマハーメー ». Actuellement encore, les femmes de l’île viennent prier en ce lieu pour qu’ ichikuma hâ-mé leur accorde sa protection et une bonne fertilité . Source: Yonagusuku no Minwa /よなぐすくの民話 / 与那城村敎育委員会 / 1989. Traduction: Christian Faurillon ©.

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Et pour finir une autre légende :

La légende du dieu Bébéku ベーベーク神 ⇒ Divinité Kumogai クモガイ神 ⇒ ( Harpago chiragra)

Dans le Centre-Est de l’île d’Okinawa, se trouve le petit port de pêche de Yakena 屋慶名港. Ce port est ancré face à l’île de Yabuchi 藪地島. Un bras de mer d’une centaine de mètres sépare les deux rivages . Un jour, les pêcheurs fréquentant les parages eurent la mauvaise surprise de découvrir à l’horizon un bateau pirate qui faisait route en direction de leur port. Il ne tarda pas à emprunter le chenal et jeter l’ancre au plus près, puis les pirates se préparent à la razzia et se mettent à gesticuler et vociférer en direction des pêcheurs effrayés, suite à quoi, un pirate saute sur un récif tout proche et se met à aiguiser son sabre sur les arêtes de granite. Le va-et-vient de la lame grinçante réveille le dieu Bébéku qui somnolait et déclenche en lui une grande fureur; il fait lever un vent puissant qui se transforme en quelques secondes en une gigantesque tempête ; le bateau pirate est emporté et disloqué par cette puissance obscure dans laquelle, il sombre corps et âme.

Depuis ce mémorable incident, un petit sanctuaire dédié au dieu Bébéku ベーベーク神 , a été construit à l’entrée du port de Yakena 屋慶名港. Quand une embarcation passe devant; elle abaisse sa voile en signe de respect. Source : Ryûkyû no monogatari 琉球の昔物語/ 仲宗根幸市/ 第1集 / 1988 / Traduction: Christian Faurillon ©.

Piratage en haut mer :

Les chroniques anciennes, nous laissent aussi quelques traces d’engagements violents ayant eu lieu entre les marins des Ryûkyû(s) et les pirates. Elles nous donnent des renseignements instructifs notamment sur l’armement des belligérants, les techniques d’abordages des pirates et de celles de défenses des navires ciblés.

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Fig.0061 – Jonque chinoise.

Les pirates chasses en meute :

1663 — Une jonque de commerce des Ryûkyû(s) , sortant d’un port de de la province chinoise du Fujian 福建 se fait prendre en chasse par quatre bateaux pirates海賊船. Les marins vont chercher les armes à disposition entreposées dans la jonque. Armes blanches et de jet; des arcs, et aussi quelques armes à feu 手槍. une partie de l’équipage descend au fond de la cale pour récupérer des pierres de ballaste et les projettent sur les pirates qui tentent l’abordage. Grâce au courage des marins un grand nombre de pirates est mis hors de combat. La brume se lève et sème la confusion, Le bateau des Ryūkyū(s) arrive à se dégager et va se réfugier dans un port des côtes de Fujian 福 建. Les autorités locales chinoises les mettent en garde car la région entière, est infestée de pirates. Source: Shi liu qiu ji 使琉球記 « Relation d’une ambassade aux îles Liu qiu »

Abordage et intimidation ; la guerre psychologique n’est pas nouvelle:

1673— une jonque gouvernementale est entourée de 13 navires pirates qui sèment la terreur parmi les marins en faisant un vacarme assourdissant avec une multitude de cloches et de multiples roulements de tambour. La course poursuite puis le combat s’engagent. les pirates sont armés d ‘arquebuses et d’arcs. Sous un feu nourri, le combat dure toute la journée, sans que les pirates arrivent à conclure par un abordage. De guerre las, ils abandonnent la partie. La jonque des Ryûkyû(s) , a réussi à se dégager mais au prix de six morts et 24 blessés. Tel est le sombre décompte des pertes de l’accrochage . Le commandant de la jonque royale, est lui aussi décédé d’un coup de feu à la hanche, il est tombé le sabre à la main 太刀, il avait héroïquement encouragé son équipage en se tenant sans relâche en première ligne tout le long de l’affrontement. Source: Shi liu qiu ji 「使琉球記 」 « Relation d’une ambassade aux îles Liu qiu »

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Fig.0063 – Shi liu qiu ji 使琉球記

Quand les pirates arrivaient à se rendre maître d’un bateau, ils tuaient tous les occupants, parfois, ils se contentaient de les déshabiller (tout était bon à prendre) , de les mettre dans une chaloupe et ensuite de s’approprier et le bateau, et la cargaison. Parfois aussi, ils faisaient des prisonniers en vu d’une demande de rançon ou tout simplement pour en faire des esclaves; domestiques pour les hommes et sexuelles pour les femmes. Le butin, parfois considérable, était ensuite écoulé sur les marchés japonais et chinois.

Une plainte du roi des Ryûkyû est adressée au shogunat 徳川幕府 donnera même lieu après enquête à une restitution de cargaison – Source:「琉球の時代」高良倉吉.

Chapitre suivant : piratage et Kobudō un lien de cause à effet ? ⇒  Kobudō (琉球) 古武道

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À l’intention des visiteurs indélicats. 
Les articles de ce blog n’ont pas vocation à être la cible de pillages numériques intempestifs et de copié-collés sauvages.  
Vous pouvez bien évidement vous inspirer des contenus, vous y référer même, sans pour autant vous adonner aux pillages du travail exposé sur ces modestes pages.
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L’histoire du karaté Okinawaïen  沖縄空手の歴史 Christian Faurillon -フォーリヨン・クリスチャン ©2015

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