Les hommes de la tradition 3

Haut de page:   Yabu Kentsū  屋部 憲通. Bas de page : Tōyama Kanken  遠山 寛賢

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Nom de famille  : Yabu 屋部

Prénom : Kentsū 憲通

Surnom : « Sergent Yabu  »

Date de naissance et de décès :  1866-1937

Lieu de naissance : Le village de Yamakawa 山川村 sous l’enceinte du château de Shuri  現・那覇市首里山川町. Christian Faurillon karatehistorique.wordpress.com 

Yabu Kentsū 屋部憲通 naît dans la haute noblesse; ses premiers pas en todé 唐手 son effectués au domicile de Matsumura Sōkon 松村宗棍 qui devient son premier maître. Il étudiera ensuite avec plusieurs autres maîtres et pratiquants : Itsosu Anko 糸洲安恒, Motobu Chōyu 本部朝勇、Motobu Chōki 本部朝基 et Matsumura Kōsaku 松茂良興作 (tomari-té 泊手)

En 1890, il arrête ses études  沖縄県立第一中学校 pour s’inscrire à l’examen d’entrée de l’école de formation d’officiers 陸軍教導団に志願入団した . il réussira brillamment les examens. Sur cinquante élèves de la préfecture d’Okinawa qui se présentèrent à l’examen d’entrée de l’école de formation d’officiers; trois seulement dont lui, furent reçus. Ces trois élèves étaient tous des pratiquants de todé 唐手 ayant étudié sous la direction du maître Itosu. Christian Faurillon karatehistorique.wordpress.com 

C’est à partir de cette époque que les autorités militaire commence à s’intéresser au todé du fait de l’excellente condition physique, de l’imposante musculature et du mental d’acier qui sont développés par les pratiquants de cette discipline martiale.

Il avait choisi cette carrière militaire à la suite d’une réflexion faite par un militaire japonais, alors qu’il était encore scolarisé. Les militaires japonais tenaient les Okinawaïens pour des sujets de seconde zone bien « incapables de se sacrifier pour l’empire et pour l’empereur » 「お前たち沖縄の連中は天皇に対する忠誠心が弱い」 rajoutant  : « la preuve aucune unité n’est constituée de recrues d’Okinawa ». La conscription ne date que de 1898 et les volontaires quasi inexistants ;il faut souligner pour leur défense que le commun des Okinawï ens, ne parlait pas un mot de japonais courant日本語 . Le Jeune Yabu 屋部 avait été vexé par ces propos ; il se décida alors de relever le défi.

En 1894, il est le premier militaire issu de la préfecture d’Okinawa à participer à une opération militaire extérieure; la guerre chino-japonaise 日清戦争(1894-1895) puis en 1904 à la guerre russo-japonaise 日露戦争(1904-1905) avec le grade de lieutenant. Ces deux guerres se terminent par des victoires japonaises. C’est à partir de cette époque que sa renommée grandit et qu’elle se propage dans toute les îles de l’archipel, faisant de lui un héros. Les journaux s’intéressant à lui , lors, sa popularité s’envole littéralement. Un article paru sous le titre de « Yabu Gunso 「屋部 軍曹」 »et relatant ses activités militaires , fut à l’origine de son surnom  » Sergent Yabu / Yabu Gunso »

Yabu 屋部  avait fait ses preuves mais ses concitoyens étaient loin de partager sa fougue et ses vues. Si une grande partie de l’élite intellectuelle de l’île — hommes politiques, écrivains, journalistes et éducateurs, y compris le maître Itsosu 糸洲 — penchait pour une intégration beaucoup plus formelle de l’île au sein de l’empire japonais; ce n’était pas le cas de la population qui refusait d’aller mourir pour un empereur somme tout « étranger » et pour qui, elle ne ressentait aucun affection particulière.

Si Yabu 屋部 passait pour être un héros au yeux des Okinawïens , s’était uniquement pour le fait d’avoir pu prouver la bravoure de son peuple aux yeux des Japonais. Car une foule de jeunes hommes fit tout son possible pour échapper à la conscription quand celle-ci fut imposée à Okinawa. Et ironie du sort, le propre fils ainé de Yabu Kentsū 屋部憲通; Yabu Kenden 屋部憲伝 s’exilera aux États Unis pour ne pas à avoir endosser l’uniforme nippon (les jeunes vivants à l’étranger n’étant pas tenus de faire leur service militaire 兵役逃れ) . Le fondateur du style Uechi-ryū 上地流 ; Uechi Kanbun 上地 完文, choisira (dit-on), en allant vivre en Chine 中国, la même manière d’y échapper. Ceux qui n’avaient pas les moyens de partir en arrivaient à se mutiler un ou plusieurs doigts de la main. De 1898 à 1907 on comptera jusqu’à 744 Okinawaïens condannés pour avoir essayé d’échapper au service militaire  karatehistorique.wordpress.com 

Les mauvaises langues disaient que  » le père (Yabu Kentsū 屋部憲通) avait été le premier militaire à rentrer dans l’armée et le fils (Yabu Kenden 屋部憲伝) le premier à en sortir….  » On comprend aisément, que Yabu Kentsū 屋部憲通, le père; ait très mal vécu la « désertion « de son fils. Christian Faurillon karatehistorique.wordpress.com 

Après la guerre russo-japonaise 日露戦争 il est en poste comme instructeur militaire 兵式教官et d’éducation physique section de todé/ karaté à l’école de formation d’enseignants scolaires Shihan Gakō 沖縄師範学校 où enseignait également son maître Itosu Ankō 糸洲安恒. D’après un de ses anciens élève, Gima Shinkin 儀間真謹(1896-?), Yabu Kentsū 屋部憲通 limitait son enseignement à l’apprentissage du kata Naihanchi ナイファンチの型.

Yabu Kentsū 屋部憲通 était un des disciples les plus appréciés de Itosu 糸洲 et un combattant de haut niveau mais paradoxalement, il n’a laissé que très peu de traces comme todéka /kartéka dans la longue histoire du karaté en général et du style Shorin 少林流/ Shuri-té 首里手 dont il était issu, en particulier.  karatehistorique.wordpress.com 

Dans la photocopie d’une interview de Yabu 屋部 et qui se trouve comme document annexe dans le livre « Kempo Kaïsetsu / 拳法概説 /1930 » , Yabu 屋部 dévoile quelques épisodes de sa jeunesse de todéka, tels les entraînements très rudes épousant la réalité 真剣の練習試合 qu’il effectuait sous la férule de Matsumura Sōkon 松村宗棍 Ou encore de ceux qu’il effectuait avec son ami Motobu Chōki 本部朝基 ou encore les « Dōjō Yaburi 道場破り  » → « casseur(s) voire destructeur(s) de dōjō » Faisant apparaître la quête d’un todé de combat 実戦唐手家, et qui était à cette époque semble-t-il la norme.

À savoir: une vieille tradition (Japonaise ? asiatique ?) voulait qu’un pratiquant ayant obtenu un niveau élevé dans son art, se devait d’aller visiter un, voire plusieurs dōjō(s) pour défier le combattant le plus expérimenté des lieux. Ce qui restait une manière comme une autre de tester sa technique er sa maîtrise . Si le téméraire visiteur parvenait à vaincre l’infortuné visité, il repartait avec comme trophé, la lourde enseigne de bois du dōjō, qu’il venait de défaire. On les appelait populairement les « dōjō-yaburi » « les casseurs de dōjō  , les tombeurs de dōjō »Christian Faurillon karatehistorique.wordpress.com 

En 1918 il part aux États Unis où il se rend après avoir effectué un crochet vers les iles Hawaï. Il va assister au mariage de son fils avec lequel il s’est entre temps réconcilié . Ce fils qui avait choisi d’être pasteur à la place de militaire et qui vivait à l’étranger depuis de nombreuses années suite à son exil volontaire pour échapper à la conscription.

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Fig.0596-  Ville d’Honolulu aux iles Hawaï.

Lors de son passage aux îles Hawaï Yabu Kentsū 屋部憲通 fera une démonstration de karaté 空手の演舞 remarquée. Ce qui fait de lui le premier maître de karaté ayant été présenté à l’international en tant que tel et ayant exécuté une démonstration de karaté en terre étrangère. Christian Faurillon karatehistorique.wordpress.com 

En 1929, on le retrouve à Okinawa , toujours en poste comme enseignant à l’école de formation d’enseignants scolaires Shihan Gakō 沖縄師範学校 . Puis il laisse encore quelques traces de lui en 1934 à Shuri où il donne des cours de karaté à domicile. C’est là qu’il vit ses dernières années. Christian Faurillon karatehistorique.wordpress.com 

Yabu Kentsū 屋部憲通  meurt en 1937. Ce qui lui épargnera de voir la destruction de son îles par les troupes américaines en 1945.

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Fig.0294- La colline de Shuri en ruine. Photographie prise juste après les bombardements américains 1945. Christian Faurillon karatehistorique.wordpress.com 

Aucun de ses élèves ne ne semble avoir pris sa succession directe en tant que disciple attitré du maître. Ce qui fait qu’aucun style ne prêtant actuellement descendre de son enseignement.

Ses kata 型 préférés : Naihanchi ナイファンチ et Gojūshiho 五十四歩

Les noms de deux de ses élèves :

Gima Shinkin 儀間真謹

Toyama Kanken 遠山寛賢

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Nom de famille : Tōyama 遠山 / nom originel 旧姓 Oyadamari  親泊. C’est pendant les années 30 et suite à son installation à Tōkyō qu’il change de nom; « Oyadamari » étant trop « exotique » pour les Japonais, il représentait un handicap pour le développement de son art , il l’abandonne et prend le nom de « Tōyama 遠山 »

Prénom : Kanken 寛賢

Date de naissance et de décès : 24 septembre 1888 – (?) novembre 1966

Lieu de naissance : Shuri 沖縄県首里市 le quartier n’est pas précisé.

Enfant, il se met à la pratique du todé 唐手, sous la direction de plusieurs maîtres tels que : Itarashiki 板良敷某(?) et Higaonna Kanryō 東恩納寛量 (1853- 1915) mais c’est le maître Itosu 糸洲安恒 qui sera son mentor pour la vie.  karatehistorique.wordpress.com 

C’est lors de ses études en 1908 qu ‘Il fait la connaissance du maître au sein de l’école « Okinawa Shihan Gakō 沖縄県師範学校  » Il travaillera également le todé avec le bras droit de Itosu 糸洲; Yabu Kentsū 屋部憲通 qui lui transmettra l’ ancien kata  « Gojūshiho  古流五十四歩の型 « . De par son caractère, son intelligence, son érudition et ses efforts assidus, Il deviendra l’élève préféré du maître Itosu 糸洲先生 .

Avec deux autres élèves,Tokuda 徳田安文 (1886-1945)et Makiya 真喜屋某 ils formaient un groupe surnommé les « trois corbeaux  » de Itosu 糸洲 「糸洲安恒の三羽烏」 « Sanbagarasu » (terme japonais signifiant grosso-modo :  le trio infernal , le triangle d’acier, etc)  » Ces trois disciples se trouvaient ainsi au coeur de l’enseignement du maître. À la mort de ce dernier ( 1914, 1915,1916 ?),Tōyama Kanken 遠山 寛賢 deviendra le dépositaire officiel de l’enseignement d’Itosu 糸洲 . Christian Faurillon karatehistorique.wordpress.com 

C’est vers cette époque qu’il étudie deux armes du kobudō : 1) le bâton 棒術 , 2) le sai 釵術 sous la direction du maître Oshiro 大城某 (?). Puis Sous la direction de Chibana Chōshin 知花朝章 (1885- 1969- fils de Chibana Chōchō 知花朝信の本家叔父) qui lui transmettra le kata 型  » Chibana kousanku 知花公相君 »

En 1911, il réussit son examen d’enseignant 学校を卒業

En 1924, il part pour l’île de Taïwan / Formose 台湾 . l’île est alors une colonie japonaise 植民地 1895 /1945. Il est en poste pour trois ans dans l’école « Taïwan Sanxia Kōgagō  台湾三峡公學校   » Sanxia, est un district de la capitale Taipei 台北. Il profite de son séjour pour  étudier  le kempō chinois 中国拳法 sous la direction d’un membre d’une des grandes et puissantes familles de l’île  dont sortira  le Leader de la culture taïwanaise : Lin ken tō /japonais 林献堂 → Lin Hsien-tang/chinois 林獻堂–1881-1956.

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Fig.0594- Taipei –  île de Taïwan 台湾.

La periode japonaise :

En 1931 on retrouve sa trace à Tōkyō 東京 où il ouvre un dōjō (le Kanbunkan 韓武舘 mais qui ne portera ce nom qu’à partir de 1945) situé dans le quartier d’Asakusa 浅草 et plus précisément devant l’école primaire 小学校 d’Asakusa Ishihama 浅草石浜前 . En 1937 le dōjō est transféré dans le quartier de Méguro 目黒 ,à l’adresse suivante : 4-904 Meguro-ku Tōkyō-to  / 東京都目黒區 4-904 ( numérotage de l’époque). Sa fonction de directeur d’école maternelle ( E.M. Hatoyama 鳩山保育園) lui permettait de se consacrer sans trop de difficultés à l’enseignement du karaté.   karatehistorique.wordpress.com 

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Fig.0595 -Tōkyō 東京 quartier Asakusa 浅草.

À savoir :

Le dōjō Kanbunkan 韓武舘 → 韓coréen 武 guerrier 舘 bâtiment  (traduction approximative) Le nom de ce dōjō a été choisi par Tōyama 遠山 pour contrer l’interdiction faite par les troupes d’occupation (GHQ 戦後武道禁止令) et concernant les arts martiaux japonais. Il avait alors nommé comme directeur du dōjō un Coréen 韓国 répondant au nom de Hŭi-byŏng Yun /尹曦炳 ( les coréens considérés comme alliés des Américains n’étaient pas concernés par ces mesures) Cela lui a ainsi permis de contourner l’interdiction. Par la suite, le deuxième directeur en date du dōjō; Nakamura Norio 中村典夫 ouvrira une annexe dans le quartier de Shibuya 渋谷 une fois installé, il finira par en faire le dōjō principal du mouvement sous le nom en « Renbukan 錬武舘 » Le caractère Kan 韓 est abandonné au bénéfice du caractère Ren 錬 → 錬武舘 . Concernant ce changement, trois raisons semblent prévaloir : 1) Le centre de l’organisation du mouvement Tōyama 遠山 passe du Kanbunkan 韓武舘 de Méguro au Renbukan 錬武舘 de Shibuya. 2) L’interdiction de la pratique et de l’enseignement des arts martiaux 戦後武道禁止令 est abandonnée dès 1948.   3) La Corée est une ancienne colonie du Japon; de nombreux Coréens, souvent enrôlés de force dans les usines d’armement, se trouvent ainsi au Japon à la fin de la guerre. Ces Coréens passés du statut de colonisé à celui de vainqueur du côté des alliés, une fois libérés;   s’en sont donnés à coeur joie pour humilier les Japonais. Phénomène qui amène en réaction, un rejet par les Japonais de tout ce qui, de près ou de loin, rappel la Corée. On comprend alors que dans ces conditions, le dōjō fut assez rapidement rebaptisé en « Renbukan 錬武舘 » Supprimant ainsi le caractère  » Kan 韓  » (associé à tous ce qui est d’origine coréenne) Christian Faurillon karatehistorique.wordpress.com 

Fin 1945, touché par l’ampleur du désastre qui frappe son île natale, où environ 150 000 personnes ont péri lors de la bataille dite « d’Okinawa »et où les biens matériels sont réduit en poussière ; il fait une donation importante, de livres scolaires 数百冊, au bénéfice du milieu éducatif insulaire.

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Fig.0364-  Tōyama Kanken  遠山 寛賢. frappes sur makiwara. 

Quand l’avenir du karaté passait par l’affrontement de deux conceptions différentes.

Quelques échanges assez vifs eurent lieu entre d’une part le maître Tōyama 遠山 et d’autre part par les maîtres Miyagi Chōjun 宮城 et Mabuni kenwa 摩文仁 賢和 lorsque ces derniers voulurent créer leurs styles ; Goju 剛柔流 pour Miyagi 宮城 ( 1929 ) et Shitō 糸東流 pour Mabuni 摩文仁 (1934) Tōyama Kanken 遠山 寛賢 s’étonnait du fait que :  » des karatéka(s) sortis de on ne sait où, se permettaient de nommer, de leur initiative des « styles » de façon bizarre et non avenue 最近珍妙な新しい流名をつえる存在不明の空手家が見受けられるが. Christian Faurillon karatehistorique.wordpress.com 

La querelle passe à un niveau supérieur.

En 1948 il rentre en conflit avec le maître Funakoshi Gichin 船越義珍 ;( « fondateur  » – entre guillemets – du style Shotokan 松濤館流.  Le style porte ce nom 流派名 depuis 1939 ) Le conflit porte sur un point qu’il jugeait primordial: celui de l’héritage technique et moral du maître Itosu 糸洲. Refusant au maître Funakoshi 船越 de se prévaloir comme l’héritier de son enseignement 空手の本家 et faisant valoir qu’il avait officiement plus de droit que Funakoshi 船越 à se présenter comme l’héritier légitime du maître Itosu 糸洲安恒の直系を自認する. De surcroît, . Il mettait en doute le fait que Funakoshi 船越 ait été réellement l’élève d’Itosu 糸洲 étant donné que Funakoshi 船越 était né en 1868. Ce qui lui faisait au bas mot; 37 ans en 1905 date des premiers cours donnés par Itosu 糸洲 à la prestigieuse école de formation d’enseignants scolaires ” Shihan Gakō 沖縄師範学校 ”que fréquentait Funakoshi 船越 (et dont Tōyama 遠山 était également un ancien elève ) , Donc « trop vieux » pour l’âge « normal » de la fin des études qui se situaient dans la fourchette des 22, 25 ans. Christian Faurillon karatehistorique.wordpress.com 

Tōyama 遠山 faisait donc valoir que Funakoshi 船越 était sorti de l’école de longues années avant que le maître Itosu 糸洲 me commence à y enseigner; il le tenait donc pour un affabulateur et ne s’en cachait pas.

On devine, suite au ci-dessus exposé que l’ambiance ne devait pas être vraiment idyllique dans le monde du karaté de cette époque. À vrai dire la querelle entre ces deux personnalités venait de beaucoup plus loin. Elle prenait ses racines dans les rivalités sous-jacentes qui avaient pour lieu, le cadre le système éducatif japonais. En ce domaine, comme on le voit, Okinawa n’avait pas échappé à la règle.

La prestigieuse école de formation d’enseignants scolaires  » Okinawa Shian Gakō 沖縄師範学校 » ne faisait pas exception et où une échelle de valeur était établie selon telle ou telle section d’appartenance. Tōyama Kanken et Funakoshi 船越 n’étaient pas issus de la même section. La section où était inscrit Funakoshi 船越, était le cursus dit « rapide 速成科  » ( 1 an ) et n’était pas tenue en grande valeur 差別意識. Tōyama Kanken 遠山 寛賢 lui avait suivi le cursus long 本科卒業 où l’obtention du diplôme demandait trois années de cours assidus. Bien que plus jeune que Funakoshi 船越; Tōyama 遠山 ne se gênait pas pour lui faire sentir. Cela n’a certainement pas aidé, outre mesure, à détendre l’atmosphère. L’ascension fulgurante du maître Funakoshi 船越義珍 commençait à faire ressortir, en pleine lumière, des conflits qui jusqu ‘alors , bien qu’existant étaient restés discrets.  Christian Faurillon karatehistorique.wordpress.com 

Tōyama Kanken tenant d’un karaté ou les styles n’avaient pas leur place 無流派主義.

De l’époque des années d’avant guerre (- 1944 ) date la multiplication des styles. cette évolution débouchera directement sur la surenchère des années de l’après guerre (1946 + ) où les styles et sous styles se multiplièrent d’une façon assez désordonnée pour ne pas dire sauvage. Christian Faurillon karatehistorique.wordpress.com 

Tōyama Kanken 遠山寛賢 intransigeant sur la question, se refusa toujours à suivre ce mouvement car il pensait que l’entité du karaté était façonnée de manière indélébile, il était donc inutile et malsain d’essayer de le fragmenter en écoles ou styles「空手に流派はない」. Toute sa vie, Il proclama haut et fort, qu’il n’existait pas de styles au sein du karaté. et que ceux qui se permettaient de créer des styles ne connaissaient rien à l’histoire du karaté. Il était conscient que son maître avait été induit en erreur au sujet des prétendus styles Shōrin-ryū 昭林流 et Shōrei-ryū 昭霊流 Et qui , selon lui, n’en faisait qu’un seul (voir à ce sujet la page «  Le karaté des appellations successives à travers les âges  » ) mais qu’il était difficile de rectifier le malentendu depuis qu’ Itosu Ankō 糸洲安恒 l’avait cautionné et mentionné en tête de son ouvrage » Les 10 préceptes du Todé 唐手心得十ヶ条 » Cet ouvrage avait atteint une renommée importante dans l’univers des arts martiaux en général et du karaté en particulier, sans parler de l’impact positif qu’il avait exercé auprès des autorités militaires japonaises. Dans ce contexte, revenir dessus devenait , sans avoir à renier son maître, quasiment impossible. Cependant il essaiera toujours de faire, parfois assez maladroitement, ce qui était en son pouvoir pour en atténuer la portée. À t-il fait le bon choix ? L’avenir ne semble pas lui avoir été favorable. L’histoire n’a malheureusement pas reconnu son nom à la place qui lui était due et que, sans aucun doute, il méritait.  Christian Faurillon  

En 1951, il, est semble-t-il , le premier à promouvoir la compétition avec protection 防具 et établi les bases de l’ancienne « Zen Nihon Karatedo Renmei: 旧全日本空手道連盟 qui prendra plus tard le nom toujours actuel de JKF Renbukai 錬武会. L’emploi et l’usage des protections est dû à l’influence d’un élève de Tōyama Kanken 遠山 寛賢, qui se nommait ; Nakamura Norio 中村典夫( le même personnage décrit plus haut). Avant de pratiquer le karaté, Nakamura 中村 était un fervent adepte du Kendō ( 国士舘大学の剣道部 ) mais suite à l’interdiction de la pratique des arts martiaux imposée par les troupes d’occupation américaines, il s’était inscrit (1946) au dōjō de karaté Tōyama 遠山 qui grâce au tour de passe-passe décrit plus haut continuait à fonctionner. Pour travailler un Kumité 組手 plus réaliste, Nakamura中村 avait pris l’habitude de pratiquer avec un équipement de protection type employé dans le kendō. Le maitre Tōyama 遠山 trouvant l’expérience enrichissante décida de l’adopter.

En 1960 sort son ouvrage le plus connu « Karatedo Dai Hokan 空手道大宝鑑  » 「奥義秘伝 空手道/ 護身鍛錬空手道」

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Fig.0289- Karatedo Dai Hokan 空手道大宝鑑

En 1966, il décède à l’âge de 78 ans.

À noter: Le maître Tōyama Kanken 遠山寛賢 était un joueur émérite de sanshin  三線 ( trois cordes)

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Fig.0392- Sanshin / 三線 / trois cordes.

Élèves les plus connus: 

  • 尹曦炳 Hŭi-byŏng Yun 韓国
  • 音羽の鳩山和夫 Hatoyama Kazuo
  • 鳩山一郎 Hatoyama Ichirō
  • 中村典夫 Nakamura Norio
  • 白石恒尊 Shiraishi Tsunetaka

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L’histoire du karaté Okinawaïen  沖縄空手の歴史 Christian Faurillon -フォーリヨン・クリスチャン ©2015

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