Les hommes de la tradition 6

Haute de page : Matsumura Kōsaku 松茂良興作.   Bas de page : Kyan Chōtoku 喜屋武朝徳

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Nom : Matsumura 松茂良 Nom chinois : Yō-i-Kān 雍唯寛

Prénom : Kōsaku 興作

Surnoms : «  Tonneau d’or 樽金  » en dialecte d’okinawa→  » Taru gani  » et  » guerrier Matsumura → Bushi Matsumura 武士松茂 »

Date de naissance et de décès : 1829-1898

Lieu de naissance : Village de Tomari 泊村 . actuellement quartier de Tomari 泊 Ville de Naha 那覇市. Christian Faurillon karatehistorique.wordpress.com 

Dit le père du courant du Tomari-té 泊手

Matsumura Kōsaku 松茂良興作 est né dans une famille de noble du village portuaire de Tomari 泊港. Il est le fils aîné de Matsumura Kōten 松茂良興典. ayant deux soeurs, Matsumura Kōsaku 松茂良興作 est le seul garçon de la famille.

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Fig.0628 – La facade de la demeure de Matsumura Kōsaku 松茂良 興作 ; Village de Tomari 泊村–  沖縄伝統古武道/中本政博 /1983 より。

Son disciple ; Motobu Chōki 本部 朝基 a dit de lui que physiquement il devait mesurer 1m64 et peser dans les 72kg. Christian Faurillon karatehistorique.wordpress.com 

Matsumura 松茂良 aurait d’abord étudié le todé pendant trois ans sous la direction d’un dénommé Sōkyū (Uku? ) 宗久 Pechin 親雲上karyū 嘉隆 / Nom chinois →Ka Lung 嘉隆 . Sōkyū karyū (pour faire court) lui aurait transmit le kata 型 Naihanchi ナイハンチ . Ensuite c’est auprès d’un second maître de Tomari: Teruya Kishin (Kise?) 照屋規箴 (1804 -1864) 照屋親雲上規箴 qu’il aurait pu avoir accès au kata 型 : Passaï 抜塞/ パッサイ → Matsumura Passaï 松村抜塞 → Rohaï 鷺碑(ローハイ) → Wanshu /Wankan 王冠 ワンシュウ/ワンカン ( selon les différentes appellations) Reconnaissant le sérieux de Matsumura Kōsaku 松茂良興作, le maître Teruya 照屋 lui aurait fait bénéficier d’un entraînement de qualité auquel seuls les meilleurs ont droit. C’est dans un endroit discret, pour ne pas dire secret situé près du port de Tomari où s’entassent quelques tombes 墓庭 que Matsumura 松茂良 est mis à rude épreuve au cours d’entraînements aussi longs que poussés; les séries de kata 型 sont entrecoupées de kumité 変手(組手)et de séance de musculation. Ce régime procure à Matsumura 松茂良 les assises d’un très haut niveau technique. Seul trois élèves de Teruya Kise 照屋規箴(1804 -1864) dit les  » trois prodiges de Tomari → Tomari no sanketsu 泊の三傑 ».Matsumura Kōsaku 松茂良興作, Oyadomari Kōkan 親泊興寛 (1827–1905) et Yamada Gié /Gikei 山田義恵 (1835 -1905 ) pourront bénéficier de cet entraînement.

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Fig.0319 – Un groupement type de tombes des Ryūkyū.

☒☒☒  Aparté  ☒☒☒  À savoir ☒☒☒
Les sortes de tombes traditionnelle des Ryūkyū  お墓の種類 sont au nombre de trois :
1) Les plus anciennes sont les tombes dites  » carapace de tortue » → kamé kōbaka 亀甲墓 et dites aussi Kikkō baka En dialecte des Ryūkyū → Kami nakubaka カーミナクーバカ. Ce style de tombe provient du sud de la Chine中国南部 et il est connu à l’origine sous le nom de « tombe chinoise →唐墓→ Tōbaka  » . Les tombes portent ce nom de  » carapace de tortue » en raison de leur forme. La différence avec la tombe chinoise porte sur l’emploi que les Ryūkyūïens en ont fait. À l’origine, les Chinois les érigeaient pour ne recevoir qu’un seul défunt 個人墓. Les Ryūkyūïens eux en ont fait dès le départ , de leur propagation, le dernier refuge de la famille entière 家族墓. Traditionnellement ces tombes sont bâties en pierres de calcaire des Ryūkyū 琉球石灰岩 avec quelques légères variations dans l’emploi des matériaux naturels. Après la fin de la guerre on voit apparaître des tombes  » carapace de tortue  » entièrement bâties en béton armé; le prix peu élevé du matériau en est l’unique raison. karatehistorique.wordpress.com 
Bien que dénommé  » carapace de tortue »; ce style de tombe est la représentation symbolique d’un utérus maternel. bouclant ainsi par le retour dans l’utérus de la terre mère le cycle de la vie humaine commencé dans celui de la mère charnelle. du moins tel que se le représentaient les Chinois et qui était le suivant : cycle de la vie  ⇒ le bleu verdâtre de la jeunesse 青春→ Le jaune rougeâtre de l’âge mur 朱夏 / 帯黄赤色 → Le blanc de la vieillesse 白秋 → le noir profond des ténèbres 漆黒 .

2) Le deuxième style que nous trouvons est celui réservé au défunts de sang royal. Ce sont les tombes « Hafubaka 破風墓 ». Ce style est originaire de l’Asie du Sud-Est et tient sont nom de la forme de la toiture. Christian Faurillon karatehistorique.wordpress.com 

3) Le dernier style est celui des tombes « yakatabaka 屋形墓 » En dialecte des Ryūkyū → yaguabaka ヤーグァバカ . Ces tombes ressemblent approximativement aux tombes « Hafubaka 破風墓 » réservés au membres de sang royal mais d’une taille beaucoup plus modeste. Elles sont en fait des mauvaises copies comportant des différences importantes , rajoutées dans le but d’échapper à l’interdiction de posséder des tombes de style royal. Interdiction qui était imposée aux nobles de moindre importance, ainsi qu’aux roturiers

Les regroupement en tant que cimetière était peu usité; l’éparpillement était plutôt de règle. C’est ainsi que l’on découvre un nombre incroyable de tombes au beau milieu des habitations; des cultures, des jardins; au plus proche des familles et comme les tombes anciennes sont souvent bâties dans des proportions monumentales, on ne peut guère les ignorer. État de chose qui ne fini pas de surprendre les touristes à la première visite de l’île . Les premiers explorateurs les prenaient même pour des habitations stylisées.
Les tombes peuvent être seules voire regroupées par petits lots. Le culte des ancêtres est tellement ancré dans les croyances de l’âme okinawïenne que les gens n’y font guère attention et trouvent tout à fait normal de voir les défunts, en quelque sorte, mélangés et réunis avec les vivants au cœur de la cité . Ces tombes sont souvent bâties dans des endroits où le paysage mériterait, selon les promoteurs, la construction d’une villa de luxe. Les autorités préfectorales ont bien essayé de mettre un peu d’ordre dans cet état de chose, en construisant des cimetières mieux adaptés à l’environnement mais il faut dire sans grand succès et cela demandera certainement plusieurs siècles avant de voir le paysage allégé de manière sensible. Christian Faurillon karatehistorique.wordpress.com 

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Parallèlement à l’enseignement de Teruya Kishin 照屋規箴, Matsumura Kōsaku 松茂良興作 aurait également bénéficié de celui d’un marchand Chinois 中国商人, expert en arts martiaux 中国武術 La tradition ne s’accorde pas sur son nom. Chinteï チンテー pour certains ou Chinto チントウ voir Anan アナン pour d’autres. De là les noms de kata 型 associés au nom de ce marchand chinois. La tradition orale fait loger ce Chinois dans une caverne du nom de Furuhérinne フルヘーリン ou Kami nu ya カーミヌヤー (神の家?) , elle est encore visible à Tomari. Christian Faurillon karatehistorique.wordpress.com

À vrai dire, c’est une tradition surprenante car à cette époque, la loi en vigueur , oblige les naufragés en attente de leur rapatriement à résider dans le centre de rétention du village de Tomari . (Voir à ce sujet la page : Tomari du port de pêche à celui de commerce)

Son exploit le plus connu :

Matsumura 松茂 a vécu à l’époque de la fin du royaume des Ryūkyū ; une époque de grands bouleversements et difficile à vivre pour la noblesse qui voit , de jour en jour, ses privilèges se faire rogner inexorablement .  karatehistorique.wordpress.com 

D’après les disciples qui l’ont côtoyés; il était un homme de cœur épris de justice. Ce qui le mettait hors de lui , c’était le comportement de certains fonctionnaires du clan japonais de Satsuma 薩摩. Leur arrogance n’avait d’égale que le mépris qu’ils avaient pour la classe inférieure de la société Okinawienne . Ils se comportaient parfois comme des soudards 狼藉 . Il faut dire que la population leur rendait bien ce mépris; elle faisait tout pour les ignorer. De ce lot de soldats fonctionnaires , ressortait un homme au comportement particulièrement odieux. Il profitait d’un lien de parenté avec le daimyo 大名Shimizu 島津様家, il savait que ses supérieurs ne pourraient que difficilement le blâmer pour ses agissements. Matsumura 松茂 décida du lui donner une leçon d’humilité.

Pour mettre son projet en pratique; il y mit le temps et le moyen. Ce dernier se présentait sous la forme d’un un bolas (voir la page) confectionné avec une serviette « tenugui 手拭  » préalablement mouillée afin de lui donner de la vitesse et du « claquant  » . Pour augmenter la force d’impact; il noua dans l’une de extrémité une pierre de la grosseur d’un poing d’enfant.  Christian Faurillon karatehistorique.wordpress.com 
Une fois l’arme confectionnée il passa des heures à en maîtriser le fonctionnement. Cette étape franchie ; il s’entraîna , jusqu’à ce qu’il y arrive à désarmer un de ses élèves lui faisant face avec un sabre de bois. De nombreuses semaines furent nécessaires pour arriver à mettre au point la technique. Cette technique consistait à enrouler fermement le bolas autour de la lame en bois du sabre de manière à pouvoir l’arracher, d’ un coup sec du poignet, des mains de son adversaire. La technique étant désormais au point il ne suffisait plus que d’attendre le moment propice. Matsumura 松茂 connaissait les habitudes des fonctionnaires de Satsuma 在番役人 et le quartier près du port qu’ils fréquentaient. Comme à son habitude l’arrogant Japonais déambulait en maltraitant par jeux, les villageois qui ne s’étaient pas éclipsés à temps. Devant la crainte qu’il inspirait et le manque de répondant des insulaires, il n’hésitait pas à se promener seul dans le secteur le plus chaud de l’agglomération. Mal lui en pris: Matsumura 松茂, toujours aussi maître de lui , l’attendait au détour d’une ruelle. Une fois le fonctionnaire à quelques pas de lui Matsumura 松茂 sortit de l’ombre où il se tenait et se mit en travers de son chemin. Bien campé sur ses deux jambes . Le fonctionnaire fut surpris car il ne s’attendait à voir un des ces rustres l’affronter du regard. Comment pouvait il oser ce pauvre d’esprit; ne voyait-il pas le sabre qu’il venait de dégainer ?! Toujours aussi impassible Matsumura 松茂 anticipa le coup et esquiva la lame, puis d’un geste précis , il fit claquer le bolas qui s’enroula fermement autour de la lame. D’un mouvement sec et puissant , il arracha le sabre des mains du Japonais. L’arme et le bolas s’en allèrent en virevoltant dans les aires avant de disparaître dans les eaux portuaires. Matsumura 松茂, ne laissa pas au fonctionnaire le temps de se lamenter de la perte de son précieux sabre; il lui offrit, à l’aide de techniques de frappes des membres supérieurs et inférieurs , une palette de son savoir faire, lui affligeant ainsi une sévère correction qui le laissa au tapis. Satisfait de son combat, Matsumura 松茂 s’éclipsa.  karatehistorique.wordpress.com 

Le fonctionnaire ayant repris ses esprits, alla chercher de l’aide. Les autorités d’occupation ne furent pas longue à réagir mais malgré les recherches entreprises et les menaces de punition à l’encontre des riverains; Elles ne se trouvèrent pas un seul Okinawaïen pour le dénoncer. Personne n’avait rien vu, personne ne savait rien. Le secret fut tellement bien gardé que les autorités d’occupation ne surent même pas son nom.

Après cette douce et mémorable vengeance Matsumura 松茂 ne voulant pas mettre en difficultés les habitants du quartier; décida de s’éclipser et de se réfugier dans le nord de l’île en un lieu proche de la petite île de Yagaji 屋我地  près de la ville de Nago 名護村字山之端阿楚原 →屋部地域 . Cette épisode de la vie de Matsumura 松茂 se serait déroulée dit-on vers 1854. Il y gagnera le surnom de « Bushi Matsumura 武士松茂 » . Bushi Matsumura 松茂 profita de son temps en apprenant dit-on. la cuisine traditionnelle dans une auberge locale. il y restera environ trois ans avant de revenir à Tomari 泊村. il avait simplement attendu que le fonctionnaire japonais humilié reparte au Japon (le séjour réglementaire étant fixé à trois ans ) . L’histoire ne dit pas si, sur place, il prit le temps de former quelques nouveaux disciples ? Christian Faurillon karatehistorique.wordpress.com 

Matsumura Kōsaku 松茂良興作 décède le 7 novembre 1898 dans son village natal et plus précisément à Tomari -takahashi 泊高橋 . Jusqu’aux années 70  Sa tombe se trouvait derrière le temple Shōgenji ,聖現寺の裏側 . En 1971,  ses descendants ont déplacé ses cendres pour les placer dans le caveau familial qui se trouve dans le district de Afuso Onna Kunigami 恩名村字安富祖 (village de Ona 恩名 sur la côte ouest d’Okinawa)

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Fig.0318 – Plaque commémorative sur la l’emplacement de son premier lieu de sépulture à Tomari. Cliquer sur l’image pour agrandir ↑

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Fig.0602  – Le petit jardin public  Arayashiki (?) 新屋敷公園 où se trouve la plaque commémorative ( au fond sur la gauche )

Ses élèves les plus connus :

金城紀任 Kinjō
山田義輝 Yamada 1866-1946
久場興保 Kuba
伊波興達 Iha
比嘉蒲戸 Higa
末吉仁王 Sueyoshi
本部朝基 Motobu ( Chōki)
仲井真盛書 Nakai
外聞政寛  Hokama

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Nom : Kyan 喜屋武 (né Motonaga Chotoku /本名・本永朝徳)

Prénom : Chōtoku 朝徳

Surnoms : « Chan petits yeux  » ⇒ Chan-miguâ  チャン ミー グヮー

Date de naissance et de décès : 27 décembre 1870 – 20 septembre 1945.

Lieu de naissance :  village de Gibō à Shuri 首里 儀保村 Actuellement le quartier Gibō → 那覇市首里儀保町 . À l’origine, il y avait deux villages de Gibō ; le village du Gibō Haut 上儀保. En dialecte → Ui – Jibū. Et le village du Gibō Bas下儀保. En dialecte →Shimu- Jibū. Il n’est pas précisé dans lesquels de ces deux villages; Kyan Chōtoku 喜屋武朝徳 a vu le jour.

Son père était un noble de Shuri 首里士族 Dénommé : Kyan 喜屋武 Pechin 親雲上Chōfu 朝扶 (Nom nobiliaire) . Il descendait d’une vieille lignée dont un des ancêtres avait été le daimio 大名 d’un ancien fief du sud d’Okinawa沖縄南部 à l’époque des trois royaumes ”Sanzan 三山”et dont on retrouve encore actuellement le nom dans sa moderne appellation : »Kyan Itoman Chiiku 糸満市喜屋武地区 ». À l’époque de la disparition du Royaume des Ryūkyū (1879) Le père de Chōtoku 朝徳 :Kyan Chōfu 喜屋武朝扶 accompagne son suzerain à Tōkyō 東京. Revenu plus tard à Okinawa, il entame une carrière politique puis sur la fin de sa vie, il devient un fabriquant réputé de luths  » trois cordes → Sanshin « des Ryūkyū 三味線細工   karatehistorique.wordpress.com 

Benjamin d’une fratrie de trois garçons, Kyan Chōtoku 喜屋武朝徳 s’initie, avec ses frères, au combat de Sumō 相撲 ( Sumō comportant des règles Différentes de celui pratiqué au grand Japon) . Cette activité imposée par son père était dû au fait que le petit Chōtoku 武朝徳 était de constitution frêle. Ce n’est que vers l’âge de 15 ans qu’il effectue ses premiers pas en todé/karaté 唐手/空手 sous la direction de son père. Vers ses 16 ans, le dit père l’envoie étudier le todé de Matsumura Sōkon 松村宗棍. Sous sa direction, il travaille assidûment les kata(s) suivants : Sushiho 五十四歩 ウーセーシー , Seisan セイサン, Naianchi ナイファンチ. Vers 18 ans, il suit son père à Tōkyō et s’inscrit à l’université de Nishogakusha 二松学舎大学 . Son séjour à Tōkyō dure de 9 à 10 ans.

À son retour,  Chōtoku 朝徳 est alors âgé de 26 ou 27 ans. il reçoit alors l’enseignement de Matsumura Kōsaku 松茂良興作 de Tomari 泊村 et se focalise sur le kata 型 Chinto チントー Puis ensuite, il reçoit les enseignements des maîtres suivants; et sous lesquels il apprend de nouveaux kata  ⇒ avec Maeida Pechin 真栄田親雲上 il apprend le kata Wanshu ワンシュー, avec Oyadomari Kōkan 親泊興寛 le kata Passaï パッサイ et avec Yara Pechin 屋良親雲上 le kata Kusanku 公相君 クーサンクー.

L’époque de la vie facile est terminée et malgré sa position sociale élevée, l’argent ne rentre plus . Il se voit obligé de travailler pour vivre; il a alors 38 ans, déménage à Yomitan quartier de Makibaru 読谷村牧原, se lance dans l’élevage de vers à soie 養蚕 et à l’aide d’un cheval et d’une carriole, dans celui de transport de marchandises 荷馬車引. Il profite de la présence du maître Chatan-Yara Risei 北谷屋良利正 qui habite la même agglomération ( Ce maître est le descendant du réputé maître Chatan-Yara 北谷屋良 チャタ ンヤラ (1740 – 1812) pour apprendre un nouveau kata. Ce kata 型 est connu actuellement sous le nom de :Chatanyara no kusanku 北谷屋良の公相君 ( le kusanku de Chatanyara).

Arrivé à l’âge de 40 ans, il redeménage mais pas très loin et toujours dans la même agglomération de Yomitan dans le lieu dit: Hijabashi 読谷村比謝橋 et donne des cours de todé/karaté à l’Okinawa ken Ritsu Hokubu Norinn kōtō gakō 沖縄県立農林学校 (école d’agriculture) et à la centrale de police de Kadena 嘉手納警察署. Kama カマ , Sa femme quant à elle tient une teinturerie 染物屋. On dit qu’il avait fait la rencontre de son épouse dans un village des environ du nom de Yara 屋良村. Les rivalités entre villages et agglomérations étaient fréquentes à Okinawa. ces rivalités prenaient parfois des formes assez violentes. Le fait de venir simplement chercher une épouse dans un autre village ou quartier que le sien, pouvait passer pour une être une offense voire ni plus, ni moins, un ‘enlèvement « . Les jeunes du village qui se sentaient ainsi lésés, tendirent un guet-apens à ce présomptueux  » étranger ». La rencontre ne se termina pas comme prévu. Kyan Chōtoku 喜屋武朝徳 y gagna une réputation de vaillance et d’habilité qui dépassa largement les frontières de la contrée. On dit aussi que fervent adepte d’un todé/karaté 唐手/空手 collant à la réalité, il participait à une sorte de tournoi avec paris . Cette rencontre martiale attirait tout ce que la région comprenait de gros bras et de techniciens de lutte à mains nues. Cette rencontre musclée était annuelle et se tenait à Yomitan 読谷村 dans un endroit dénommé : Yomitan no Yambaru 読谷村の原山

En 1924 Kyan Chōtoku 喜屋武朝徳 participe à une représentions martiale où le todé 唐手/karaté 空手 est à l’honneur 唐手大演武大会 La représentation se déroule au théâtre Taisho 大正劇場 à Naha. Motobu Chōyū 本部朝勇 , Sōken Hohan 祖堅方範 (1889 – 1982 ) , Kenwa Mabuni 摩文仁賢和 (1889-1952) sont quelques uns des membres qui assurent le succès de la représentation. Il est également membre de l’association d’étude et de recherche sur le todé 唐手/karaté 空手 → l’Okinawa Karate Kenkyu Kurabu 沖 縄唐手研究倶楽部 dont Motobu Chōyū 本部朝勇 était le président. Christian Faurillon 

Vers la même époque il se rend dans l’île de Yaeyama 八重山島 pour essayer de recevoir l’enseignement de Tokuminé Pechin 徳嶺親雲上 (Pechin= titre nobiliaire) opposant politique et déporté dans cette île pour une raison tout aussi politique. Ce noble était un maître réputé de l’art du bâton  » Tokumi nu kun 徳嶺の棍 (dialecte d’Okinawa). Malheureusement Kyan Chōtoku 喜屋武朝徳 n’arrive sur place qu’après son décès. Néanmoins, il reçoit l’enseignement du maître keida 慶田花宜佐(1843-1934) Héritier, dit-on, de la technique de Tokuminé Pechin 徳嶺親雲上. D’après certaines sources; profitant de son séjour , il aurait développé le todé/karaté 唐手 non seulement sur l’île de Yaeyama 八重山島 mais également sur celle de Miyako 宮古島 Christian Faurillon 

C’est en 1930 qu’il rédige une thèse : la préparation physique et mentale au combat 体と用、試合の心得 » et qu’il ouvre un dōjō à Yomitan-Hijabashi 比謝橋 . Une partie du bâtiment et le jardin servent de lieux d’entraînement.

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Fig.0322- Naminé Shinkō 那嶺新孝 (gauche), Kyan Chōtoku 喜屋武朝徳 (centre), Nakazato Joen  仲里常延 ( droite) –  Jardin du dōjō de Yomitan-Hijabashi  読谷村比謝橋. -Décembre 1941. Christian Faurillon karatehistorique.wordpress.com 

En 1937 il participe à la rédaction d’un ouvrage collectif le  » karatedo kihonkata Juni dan 空手道基本型12段」 rédigé avec les membres de l’association d’étude et de recherche sur le todé 唐手/karaté 空手 → l’Okinawa Karate Kenkyu Kurabu 沖 縄唐手研究倶楽部.

Puis arrive 1945 et la terrible opération « Iceberg » plus connue sous l’appellation de :  » bataille d’Okinawa 沖縄戦 ( 26 mars/23 juin 1945)  » Un quart de la population est tuée lors des furieux combats qui opposent les japonais aux Américains. Kyan Chōtoku 喜屋武朝徳 arrive à survivre pendant plus de trois mois au cœur de cet enfer avant d’être arrêté et enfermé dans un camp de prisonniers 石川捕虜収容所. L’île dont toutes les infrastructures et les récoltes ont été anéanties, n’a pas les moyens de nourrir la population. C’est l’aide alimentaire américaine qui maintient en vie les rescapés. Les denrées n’arrivent souvent pas assez rapidement pour sauver les nombreux survivants squelettiques . Le 20 septembre 1945, Kyan Chōtoku 喜屋武朝徳 meurt de malnutrition après avoir dit-on donné ses maigres portions alimentaires aux enfants affamés qui se trouvaient dans le camp. Christian Faurillon karatehistorique.wordpress.com 

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Fig.0321- Le camp d’internement pour civils construit pas les troupes américaines où est décédé Kyan Chōtoku 喜屋武朝徳 . Camp d’Ishikawa 石川民間収容所 Anciennement Misatoson Ishikawa 美里村字石川 —   4 juillet 1945 –  狙った季節・戦場彷徨、そしてー。(船越義彰)より。karatehistorique.wordpress.com

 

Kyan Chōtoku 喜屋武朝徳 reste pour la postérité, l’homme par qui la tradition martiale de shuri 首里手 a été sauvegardée d’une manière quasi intacte, donnant de la sorte , un fondement aux styles crées ultérieurement pas ses disciples ; le Shorinji-ryu 少林寺流 de Nakazato Joen 仲里常延, le Shorin-ryu 少林流 de Shimabukuro Zenryo 島袋善良 et l’ Isshin-ryu  一心流 de Shimabuku Tatsuo 島袋 龍夫.

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Fig.0323-  Une stèle à Yomitan 読谷村 est érigée à sa mémoire . Emplacement :  250−1 Kadena Kadena-chō Nakagami-gun Okinawa-ken 904-0203    (au fond du parking )

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Fig.0553- Plaque de la stèle; cliquer pour agrandir.

Un des épisodes relatant des exploits de Kyan Chōtoku 喜屋武朝徳 . Récit fait par un ancien de la contrée : ξ Kyan Chōtoku 喜屋武朝徳
Le Kyan 喜屋武, Tu sais, une fois la guerre du pacifique terminée, il est décédé…
– C’est à ishikawa (石川市) qu’il est mort, il devait avoir dans les soixante ans, mais malgré son âge c’était encore un guerrier.
– Tu vois… bien qu’il était petit et de frêle constitution… debout sur le pont de Hija (比謝橋) il s’était laissé attacher une Jambe.
– Tu sais, avant, les bateaux yambaru (山原) passaient sous ce pont de Hija.
– Oui, Chan-miguâ チャン(喜屋武) ミー グヮー (Kyan Chōtoku) s’était laissé attacher une Jambe à un de ces bateaux.
– Tout le monde s’attendait à ce qui fusse projeté dans la rivière mais en fait c’est lui qui tirait le bateau avec cette corde attachée à sa jambe,
– C’est incroyable d’être de si petite taille et de pouvoir devenir un vrai guerrier!
– Une autre fois déséquilibré, il avait pu se rétablir grâce à un saut triangulaire (三角飛び)
– Tu vois!
– Un jour, un lutteur sumotori (沖縄相撲) de Mizugama (水釜/ village) , Guwâ Hâkū (グヮーハークー) qu’il se nommait ce lutteur.
– Je te dis… Il était trois fois plus grand que Kyan 喜屋武, il passait par hasard à kadena (嘉手納 / village) pour se rendre chez lui.
– Et bien, Il aperçu Kyan 喜屋武 et voulut tester si ce tout petit personnage méritait vraiment cette aussi grande renommée,
– Discrètement il s’approcha de Kyan 喜屋武… Tu vois… par derrière, et lui porta un violent coup de poing derrière la nuque… Voila.
– Seulement son poing n’atteignit jamais le but, Kyan 喜屋武 déviât le coup, se saisit du poignet et projeta son adversaire au sol.
– Tu vois, ça c’est Chan-miguâ チャン(喜屋武) ミー グヮー !
Etc.
Source : Répertoire des contes, légendes et histoires populaires du village de Ona (恩納村) 恩納村の伝説編 昔話編 / 1982/ Pages 217,218 et 219.
ξ / Traduction : © Christian Faurillon 

Ses éleves les plus connus :

長嶺将真 Nagamine Shōshin (1907- 1997)
新垣安吉 Aragaki Ankichi (1899 – 1927)
島袋善良 Shimabukuro Zenryo (1908-1969)
仲里常延 Nakazato Joen (1922-2010)
島袋龍夫 Shimabuku Tatsuo (1908 – 1975)

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L’histoire du karaté Okinawaïen  沖縄空手の歴史 Christian Faurillon -フォーリヨン・クリスチャン ©2015

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