Les hommes de la tradition 7

Haut de page:    Funakoshi Gichin  船越 義珍. Bas de page : Hanagusuku (Hanashiro) Chōmo 花城長茂.

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Fig.0326-  Funakoshi Gichin  船越 義珍

Nom : Funakoshi 船越 Anciennement :  » Tominakoshi   冨名腰 » / C’est suite à son installation à Tōkyo qu’il change de nom . Ce dernier étant trop « exotique » à la vue des Japonais et de ce fait représentaient un handicap pour le développement de son art. L’ ironie de l’histoire,c’est que, ce sont ces mêmes japonais qui par l’intermédiaire du clan de Satsuma, interdirent en 1625, au Ryukyuïens l’emploi de certains kanji (caractères) pour les noms de famille (日本名を付日本支度仕候者、かたく可為停止事) dans le but de ce que l’on ne les confond pas avec des Japonais…   karatehistorique.wordpress.com 

Nom chinois 唐名 : róng-yí-rén 容宜仁

Prénom : Gichin 義珍

Surnom :  » Tortue de mer →Umigami → 思亀 ウミカミ  » Umigami est en outre un ancien prénom féminin. Ce surnom lui a été attribué en raison de sa frêle constitution, il était né prématuré. Selon une tradition ésotérique taoïste, quand à la naissance un enfant mâle paraissait trop faible,  les parents s’empressaient de lui donner un prénom féminin pour éloigner les mauvais esprits qui rodaient autours. Une tradition orale souligne que deux décennies plus tard, les écoliers à qui il enseignait le todé le surnommaient :  » professeur Pinan ピンアン先生 » .

Date de naissance et de décès : 10 novembre 1868 – 26 avril 1957 ( La date de naissance inscrite au registre de l’état civil est :1870 明治3年) Il s’était tout simplement vieillit pour pouvoir ainsi atteindre l’âge légale en vue du passage d’un examen éducatif auquel il aspirait.     Christian Faurillon karatehistorique.wordpress.com 

Lieu de naissance : Le village de Yamagawa 山川村 à Shuri 首里 . En dialecte Yamagawa se prononce : « Yamagã  » Actuellement ce village est devenu un quartier de Naha 那覇市首里山川町

Fondateur du mouvement qui donnera plus tard le style connu sous le nom de « Shōtōkan 松濤館流 » Le Shōtōkan est tenu pour être le plus importants des quatre styles développés sur le sol du Japon ( hors Okinawa) . Christian Faurillon karatehistorique.wordpress.com 

À noter: ce n’est pas le maître Funakoshi 船越 en personne qui a nommé le style. Le maître considérait le todé/karaté comme un tout et ne voyait pas l’utilité de le fragmenter en styles ou écoles 無流派主義 . Il pensait au contraire que cela ne pouvait que déboucher sur un appauvrissement général. De ce côté là, il rejoignait la façon de penser de son rival : Tōyama Kanken 遠山 寛賢. Les nouvelles générations, dont font parties ses fils n’auront pas le même état d’âme. フォーリヨン クリスチャン

Funakoshi Gichin 船越 義珍 est le fils aîné de Funakoshi Gisū 冨名腰義枢 dont la famille descend en ligne droite de la petite noblesse originaire de Tomari 泊士族 ; les Yō-Uj-Yamada 容氏山田家 . Ayant le titre nobiliaire de « chikudon » Le grand père de Gichin 義珍 était un scripte en service auprès d’une grande prêtresse attachée 聞得大君御殿 au palais royal . On nommait cette prêtresse-chamane → « Chifuijin Udounato ».  À la fin du long service du grand père, la famille déménagea dans le village de Téra 汀良 . Actuellement le quartier de Shuritera-cho 汀良村 那覇市首里汀良町. Christian Faurillon 

Le grand père de Gichin 義珍 était le pilier du foyer. à sa mort la famille Funakoshi 船越 sombre dans la misère; le père étant un buveur invétéré et bien incapable de tenir un quelconque emploi. Au cours de ces années de détresse , la mère de Gichin 義珍 est incapable de payer les loyers qui s’accumulent. Elle abandonne son mari et repart habiter chez ses parents pour élever son fils. Le petit Gichin 義珍 est un enfant né prématuré , de santé fragile et de faible constitution. Les médecins ne lui donnent pas longtemps à vivre. Funakoshi Gichin 船越 義珍 est ainsi élevé chez ses grands parents maternelles les Oyadomari 親泊家. Nous ne possédons pas de renseignements sur son enfance et s’il a pratiqué ou non le todé 唐手. mais Grâce à ses grands parents, Il semble avoir bénéficié d’une solide éducation littéraire qu’il lui permettra, beaucoup plus tard, de devenir instituteur.  Christian Faurillon karatehistorique.wordpress.com 

C’est à l’âge de 16 ans qu’il aurait eu pour maître Kojyō Daïté 湖城大禎 (1837 – 1917) membre de la famille de réputés todéka 湖城流 du village chinois de Kumé 久米村 ( voir le paragraphe consacré à Kumé dans la page suivante : Naha ) Étant donné sa faible constitution il aurait eu beaucoup de difficultés à suivre les cours empreints de rudesse que lui imposait Kojyō Daïté 湖城大禎. De surcroît il aurait également eu beaucoup de mal à s’entendre avec lui. C’est finalement au bout de seulement trois mois que le jeune Gichin 義珍 arrêtera la pratique avec Kojyō 湖城.

Le jeune Funakoshi Gichin 船越 義珍 désirait devenir médecin mais les inscriptions étaient uniquement ouvertes à ceux qui se pliaient au code vestimentaire japonais. Gichin 義珍 ne portait alors et semble-t-il que le costume traditionnel des Ryūkyū; le kimono avec la coupe de coiffure adéquate (formée d’un chignon 欹髻/カタカシラ・まげ ) On lui donna le choix, soit il se coupait le chignon soit il renonçait à devenir médecin. Possédant encore à cette époque, la fierté titilleuse de la vieille noblesse des Ryūkyū, il choisit de garder le chignon… Christian Faurillon karatehistorique.wordpress.com 

À noter: qu’en vieillissant il aura beaucoup moins de scrupules à s’habiller de kimono traditionnels purs jus japonais tels  ceux que que l’on découvre sur de nombreuses photos de sa personne à l’âge mûr. La « conquête » pacifique du japon; valait bien ce petit sacrifice d’amour propre. Il désira plus tard, s’intégrer au maximum de ses possibilités et passer au yeux des japonais pour un … Japonais. Le fait que peu de photographies de lui ne le représente en costume occidental (je n’en connais qu’une seule de lui) , bien que ce dernier, était au début du 20 siècle, à la mode , témoigne en partie du changement qui s’est opéré en lui.

Ne pouvant hélas devenir médecin il choisit la filière de l’enseignement et s’inscrit à l’école de formation d’enseignants scolaires la « Shihan Gakō 沖縄師範学校 » qui se trouvait tout près du palais de Shuri (alors partiellement désaffecté et en piteux état ) . La section où s’était inscrit Gichin 義珍, était le cursus dit « rapide 速成科  » long seulement d’une courte année. Son diplôme en poche (1889), il est nommé instituteur remplaçant, il a alors 21 ans.  Christian Faurillon karatehistorique.wordpress.com 

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Fig.0357. École de formation d’enseignants scolaires ” Shihan Gakō 沖縄師範学校.

À noter : de là l’origine de la querelle avec le maître Tōyama Kanken 遠山 寛賢 , Ce dernier lui refusant le droit de se réclamer de l’héritage du maître Itosu 糸洲. car le maître Itosu 糸洲 n’aurait commencé à donner des cours de todé/karaté 唐手/空手dans cette prestigieuse école de formation d’enseignants scolaires ” Shihan Gakō 沖縄師範学校 qu’en 1905 , soit 16 ans après que Gichin 義珍 en soit sorti …( si les dates avancées sont exactes). Quoi qu’il en soit, nous ne sommes pas là pour juger , et je ne fais que retranscrire ce que les historiens ont avancés. D’autant plus qu’à l’étude des textes, il n’est pas rare que les maîtres s’attribuent parfois des filiations plus qu’ incertaines pour ne pas dire complètement fantaisistes. tout cela étant fait dans le souci, au demeurant fort louable, de faciliter le développement du karaté en général mais beaucoup moins quand il s’agit d’un style en particulier : le leur. De là à penser que le maître Funakoshi 船越 s’est servi de se stratagème pour booster le développement du karaté sur le sol du Japon; il n’y a qu’un pas.  Christian Faurillon karatehistorique.wordpress.com 

En 1892 Funakoshi Gichin 船越 義珍 a pu accéder à l’enseignement du maître Asatō Ankō 安里安恒 (titre nobiliaire → Asatō 安里Pechin親雲上Ankō安恒). Bien que faisant partie de la noblesse de Shuri; le maître Asatō 安里 aurait accepter de donner des cours à Funakoshi Gichin 船越 義珍 , alors, petit noble de Tomari, du fait que Gichin et le fils de Asatō Ankō 安里安恒 se connaissaient.  Christian Faurillon  

Cette date de « 1892 » est reconnue comme étant la date effective à laquelle il a pu réellement accéder à l’enseignement de Asatō Ankō 安里安恒 étant donné que le maître était parti accompagner le dernier des souverains des Ryūkyū dans son exile doré à Tōkyō. Le maître Asatō 安里 restera ainsi dans la capitale japonaise pendant 13 années (1879 – 1892 ) Du maître  Asatō 安里, Gichin 義珍 aurait appris le kata 型 : Kusankū/Kōshōkun/Kushankū 公相君 connu aussi sous le nom de : Kanku 観空. Kata qui deviendra le kata 型 préféré de Funakoshi Gichin 船越. Asatō Ankō 安里安恒 reste le maître principal de Funakoshi Gichin 船越.

Sur le plan professionnel, Funakoshi Gichin 船越 義珍 réussit un nouvel examen pour devenir titulaire 正教員 d’un poste d’enseignant dans le primaire . De ce fait, on le retrouve en 1916 en poste à l’école de Tomari 泊小学校 Adresse actuelle : 2-23-9 Tomari Naha-city Sa position à l’école primaire lui permet également d’enseigner le todé aux enfants scolarisés de son école. Il basait son enseignement sur l’apprentissage des kata 型 de base suivants : Naihanchiナイファンチ/鉄騎 et Pinan/Heihan ピンアン/平安 . Il tenait les kata Pinan/Heihan ピンアン/平安 de l’enseignement de Kenwa Mabuni 摩文仁賢和 (source: Nagamine Shōshin 長嶺将真) Christian Faurillon  

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Fig.0328-  École primaire de Tomari 泊小学校

Il restera ainsi dans sa fonction d’instituteur pendant 30 ans. C’était un enseignant très actif qui créa plusieurs associations dont la plus connue reste la « Okinawa Butokaï 沖縄尚武会 » rassemblant tout les todéka/ karatéka(s) ayant étudiés la tradition martiale de Shuri.  Christian Faurillon karatehistorique.wordpress.com 

En 1916, Funakoshi Gichin 船越 義珍 donne à Kyōto京都 dans le prestigieux dōjō du Butokuden 武徳殿 (Dai Nippon Butoku Kai 大日本武徳会 ) une démonstration 演武 de todé 唐手. Ce court séjour est le premier voyage qu’il effectue au Japon.

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Fig.0330-  Dōjō du Butokuden 武徳殿 Kyōto 京都. ( Cliquer sur le lien pour visionner les photos actuelles du  Butokuden )

Après son voyage au Japon et de retour à Okinawa il met en place un groupe de recherche sur le todé : « l’Okinawa todé kenkyukai 沖縄唐手研究会 » (1917) . les maîtres Yabu Kentsū 屋部憲通、Hanagusuku (Hanashiro) Chōmo 花城長茂、Miyagi Chōjun宮城長順 sont présents à cette session.  Christian Faurillon karatehistorique.wordpress.com 

En 1919 ,Yabu Kentsū 屋部憲通 le patronne pour qu’il puisse enseigner le todé 唐手 aux élèves des cours de préparation 予科 en vue d intégrer l’école de formation d’enseignants scolaires Shihan Gakō 沖縄県師範学校 (école dont, on le rappelle, il est sorti diplômé ) mais dans le cadre d’une activité sportive extérieure au programme.

1921 C’est au mois de mars, qu’il dirige une représentation de todé exécutée par des collégiens ayant pour spectateur le prince (futur empereur Hiro hito 昭和天皇 ) en visite d’agrément à Okinawa.

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Fig.0523- Le prince Impérial , le futur empereur Hiro hito 昭和天皇

L’année 1921 représente un tournent dans la vie de Funakoshi Gichin 船越 義珍. Cette représentation semble avoir eu un rôle majeur dans la décision d’aller s’installer au Japon car il laisse en plan, ses trente années de service de maître d’école et se prépare à faire le grand saut dans l’inconnu. Il a alors 54 ans et une famille qu’il n’hésite pas à entraîner financièrement dans son aventure, car il n’est même assuré de pouvoir trouver un emploi une fois avoir sauté le pas. Christian Faurillon karatehistorique.wordpress.com 

Fig.0445- Démonstration de todé/karaté effectuée par des élèves devant le château de Shuri.

Le fondateur du Judō Kano jigoro 嘉納治五郎 (1860- 1938 ) était également du voyage effectué à Okinawa par le prince impérial. Kano Jigoro 嘉納治五郎 qui est alors une personnalité prestigieuse, conseiller auprès du ministère de l’éducation 文部省参事官. Il est difficile de savoir exactement quand Kano Jigoro 嘉納治五郎 et Funakoshi Gichin 船越 義珍 ont pu faire connaissance.  Personnellement, je penche pour l’année 1916, lors du voyage au Japon de Funakoshi 船越. mais il est possible qu’ils se soient rencontrés avant cette date, car quand on voit la manière dont, Kano Jigoro 嘉納治五郎 , a ouvert les portes de la très fermée société japonaise à Funakoshi Gichin 船越 義珍 , petit instituteur de province et total inconnu, tout le laisse  supposer. Si ce n’est pas le cas, on se demande bien comment Funakoshi Gichin 船越 義珍 aurait pu obtenir la possibilité d’effectuer (1916) une démonstration dans un lieu aussi fermé et prestigieux que l’était le dōjō du Butokuden 武徳殿 de la Daï Nippon Butoku Kaï 大日本武徳会 ? . Le profond humanisme de Maître Kano se reflète dans sa célèbre citation : « Jita kyōei /自他共栄/ coopération et prospérité mutuelle » >>> Traduction littéraire : 自soi-même 他L’autre, les autres 共mutuelle栄prospérité. karatehistorique.wordpress.com 

1922 — Le voila donc à Tōkyō. Nous sommes au mois de mai , il profite de ses contacts dans l’enseignement, obtenus par le biais de maître Kano 嘉納, pour exposer des photos où sont représentés des kata 型 et des kumité(s) 組手de todé/karaté 唐手/空手. Il le fait dans le cadre de la première exposition 一回体育展覧会 organisée par le ministère de l’éducation. Exposition qui se déroule dans le musée de l’éducation 教育博物館 de l’école Tōkyō jyōshi kōtō Shihan Gakō 東京女子高等師範学校 ( école de formation d’enseignantes). Un mois plus tard, il est invité au dōjō de Judō du prestigieux Kōdōkan 講道館/下富坂 /文京区 par le maître Kano 嘉納 qui a fait venir plus de 200 judoka(s) pour assister à la représentation martiale de Funakoshi 船越 ; accompagné pour l’occasion de Gima Shinkin 儀間真謹 alors étudiant à l’école de commerce de Tōkyo 東京商大 (actuellement université de Hitotsubashi一橋大学). Le maître Funakoshi 船越 exécute les kata: Kusankū 観空/公相君 et Naihanchi ナイファンチ. Malgré ce qu’il a été dit pas la suite, cette représentation n’a pas eu l’effet escompté et malgré les applaudissements et les compliments de façade (phénomène, somme tout, très japonais)  elle n’a pas convaincu. Le public était constitué non pas de néophytes mais de judōka (s) avertis et habitués qu’ils étaient aux entraînements rudes et teigneux , la représentation de Funakoshi 船越 axée sur les kata(s) , leur paraissait des plus fades et leur laissait de sérieux doutes sur l’efficacité de ce « todé/karaté 唐手/空手 ». Le maître Kano 嘉納 lui, ne laissa rien apparaître de ce que ses disciples , sans l’avoir exprimé, lui avaient fait ressentir et continua de soutenir avec autant de régularité son protégé. Christian Faurillon karatehistorique.wordpress.com 

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Fig. 0382- École de formation d’enseignantes de -Tōkyō jyōshi kōtō Shihan Gakō 東京女子高等師範学校.

À savoir : le todé de Funakoshi 船越 était constitué (alors) d’une panoplie de 15 kata(s) mais son enseignement n’abordait pas le kumité 組手(combat libre). Cette question de kumité sera une source de profonds désaccords avec ses principaux disciples. Maître Funakoshi 船越 acceptera l’incorporation du yakusoku kumité ( combat codifié 約束組手) (1924) mais refusera toujours de l’élargir au kumité (combat libre自由組手 ). Un de ses meilleurs élèves 小西康裕 passant outre alla directement profiter de l’enseignement de Motobu Chōki本部朝基 , todéka qui pratiquait un todé/karaté 唐手/空手 proche du combat de rue. Maître Funakoshi 船越 le vivra alors comme une véritable trahison.

Otsuka Hironori大塚博紀 le disciple de la première heure finira lui aussi par le quitter et créera, des années plus tard le style Wado-ryū 和道流開祖 , Konishi Yasuhiro小西康裕 suivera le mouvement et créera le Shindō jinen-ryū 神道自然流 . Suite à ces défections, ses fils deviendront les piliers du dōjō. De nouvelles recrues arrivent et ainsi le « style » Funakoshi 船越 devient , petit à petit , le style « Shōtō-kan 松濤館  » Le style sera ainsi pour quelques décennies, et en quelque sorte, une affaire de famille. tout ceci, n’empêchera nullement le problème sous jacent de « l’incorporation  » ou non du kumité (combat libre自由組手 ) dans l’enseignement de base du style de continuer à faire des vagues au sein de l’école. En 1927 le cercle de karaté créé dans l’université de Todaï 東大 se met à vouloir développer le port des protections 防具 et…. la compétition 試合化… Voyant cela Maître Funakoshi 船越 démissionne 東大師範を辞任 de son poste honorifique d’instructeur conseillé technique. Une situation assez absurde voit le jour car dès 1935, pour éviter de blesser le maître, certains des cercles installés dans les autres universités dissimulent le fait qu’ils pratiquent le combat libre …  karatehistorique.wordpress.com 

Revenons à l’année 1922. L’installation à Tōkyō n’est pas de tout repos n’ayant plus  de source de revenus stable ; il doit faire face à de sérieux problèmes financiers. Funakoshi 船越 ouvre (ou version plus plausible, devient employé d’ ) une école de cours du soir la « Meisei juku 明正塾 « et un dortoir pour les étudiants Okinawaïens inscrits dans les universités de la capitale. L’adresse de la la « Meisei juku 明正塾 « se situe dans l’arrondissement de Koishigawa-ku   東京都小石川区水道端二丁目六四番地  (actuel arrondissement de Bunkyo-ku 文京区  –Fig.0579)   . Parallèlement à ces activités, il enseigne le todé/karaté 唐手/空手 dans ce petit établissement scolaire. Au mois de novembre de la même année , il sort son ouvrage « Ryūkyū-Kempō Todé 琉球拳法 唐手 ».

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Fig.0579-  Emplacement du premier dōjō du maître Funakoshi â Tōkyō ; le  » Meisei juku 明正塾 » / Adresse :Tōkyō-to Koishikawa-ku Suidōbashi 2 chome 64. 東京都小石川区水道端二丁目六四番地.  Cliquer sur l’image pour agrandir. 

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Fig.0329- Vue des environs – Années 20.

1923 À peine installé depuis un an à Tōkyō 東京, Funakoshi 船越 doit faire face au séisme meurtrier du premier septembre, qui ravage toute la plaine du kantō 関東( où est implantée la capitale Tōkyō) . Le séisme et indirectement l’incendie font, plus de 100 000 morts. Ce terrible tremblement de terre est connu sous l’appellation de Kantō Daishinsaï 関東大震災.  Son élève; Otsuka Hironori 大塚博紀 qui loge alors dans le dortoir, se souvient que sur les quatorze premiers élèves qui fréquentaient l’enseignement du todé à la Meisei juku 明正塾 , ils n’étaient plus que huit à se présenter au dōjō . Ce nombre peu élevé d’élèves permis à Otsuka Hironori 大塚博紀 de profiter d’un enseignement quasi privé. Lui permettant ainsi de maîtriser les 15 kata(s) en un tant record d’un an et demi d’efforts. Il faut dire qu’il s’entraînait journellement de 13:00 à 16:00.

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Fig.0383- Les ruines de Tōkyō après le tremblement de terre du premier septembre 1923-  関東大震災

C’est également à partir de 1923 que Funakoshi Gichin 船越 義珍 suit les cours, axés sur les textes bouddhiques 仏教,  et sous la direction de Furukawa Gyodo 古川尭道 (1872-1961), père supérieur du temple Enkakuj 円覚寺慧訓管長. Temple qui se trouve dans l’ancienne citée shogunal à Kamakura 鎌倉. On dit que ce célèbre moine bouddhiste aurait exercé une grande influence sur Funakoshi 船越 Influence qui se serait répercutée dans divers aspects du karaté enseigné par Funakoshi 船越 Christian Faurillon 

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Fig.0378- Temple Enkakuj 円覚寺慧訓. Kamakura 鎌倉.

En 1924  ( 1921?) , maître Funakoshi 船越 importe directement du Judō le système de grade qui y est en vigueur 、Kasuya Masahiro 粕谷真洋 、Otsuka Hironori 大塚博紀、Konishi Yasuhiro 小西康裕 et Gima Shinkin 儀間真謹 seront les premiers gradés de l’histoire du karaté. toujours au cours de cette année les premiers cercles d’étude et recherche de karaté 唐手研究会 voient le jour dans les universités suivantes : Keiō Gijuku (Keiō ) 慶應義塾大学 et l’université impériale de Tōkyō 東京帝国大学.

Funakoshi 船越 sort son deuxième livre « Rentan Goshin Tode Jutsu 錬胆護身 唐手術 » où les positions de kata sont décomposées au moyen de photographies. Une première à l’époque.  Christian Faurillon karatehistorique.wordpress.com 

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Fig.0577- Portail de l’université impériale de Tōkyō.  東京大学 (帝国大学 /東京帝国大学)

1928  – Le maître Funakoshi 船越 義珍 a également participé au cercle de recherche « des îles du Sud → Nantō Kenkyu kaï 南島研究会 » fondé en février 1928. Ce cercle réunissait des personnalités de l’élite intellectuelle d’Okinawa et il avait pour but de fédéré et de développer le courant artistique et littéraire des Ryûkyû 琉球.   L’absorption de l’ancien royaume,  et son reclassement en préfecture japonaise (1879) , n’avait pas favorisé son épanouissement culturel, loin de là. Le Nantō Kenkyu kaï 南島研究会 s’efforça de remédier à cet état de choses, tout d’abord en faisant sortir cette élite de la torpeur où elle s’était laissée enfermer, puis il se donna pour tache de faire connaître l’art , la culture et les traditions de l’archipel des Ryûkyû; des côtes du Japon aux rivages du monde occidental.

1929  C’est au cours de cette année que le maître remplace le caractère Signifiant Chine/kara 唐手 par le caractère main-vide/kara 空手. Le premier à avoir utilisé ce terme de : main-vide/kara 空手 , est le maître Chōmo Hanagusuku 花城長茂 qui dès 1905 l’avait employé sous la forme de : « karaté , karaken « → main vide, poing vide » → 空手空拳. (voir la page concernant le sujet )

En 1936 le maître Funakoshi  船越  édite son troisième livre : Karatedo kyohan  空手道教範 ; il rajoute le suffixe « Do 道 » à karaté rompant définitivement avec l’appellation Todéjutsu 唐手術 . L’appellation  » karatédo 空手道  » est en quelque sorte, le point de rupture de l’époque moderne de l’histoire du karaté. C’est également au cours de cette année (?) qu ‘il renomme les kata(s) de base « pinan ピンアン » en « heihan平安 » délaissant le dialecte okinawien 沖縄方言 au profit du Japonais courant日本語. Christian Faurillon karatehistorique.wordpress.com 

En janvier 1939 il ouvre son dōjō 道場 le désormais mythique dōjō « Shōtō-kan 松濤館 « dans l’arrondissement de Toshima 豊島区 quartier de Zoshigaya 雑司ヶ谷.Shōtō-kan 松濤館 peut se traduire par :  » bâtiment 館 du pin 松 au feuillage ondulant 濤  » À noter : Le « kan 館  » de Shōtō-kan 松濤館 ne signifie pas ‘dōjō » mais  » bâtiment  » voire « local ». À ce jour je n’ai malheureusement pas encore pu trouver un document iconographique représentant avec certitude une vue extérieure du dit dōjō; les destructions lors des bombardements de la guerre, y sont certainement pour quelque chose. 

Deux traditions orales se disputent l’origine de du nom « Shōtō-kan 松濤館 »:

1) Shōtō 松濤 , serait un pseudo dont se serait servi le maître Funakoshi 船越 et qu’il aurait employé des son adolescence pour signer des calligraphies 書道 ou dit-on, des textes de poésie 和歌 (pas de traces).  Par contre il reste des traces de ce pseudonyme « Shōtō 松濤 » qu’il prenait et partageait avec deux autres personnes amies dont un journaliste pour faire connaître le karaté au moyen d’articles parus dans des journaux ou des magazines de l’époque「唐手は武芸の骨髄なり」1941年4月『月刊文化沖縄』富名腰義珍「空手物語」 Christian Faurillon karatehistorique.wordpress.com 

2) Devant l’entrée du dōjō qui alors , ne portait pas de nom spécifique 道場名, aurait trôné en bonne place, un pin 松; de la l’appellation suivante « dōjō du pin → Shōtō-kan 松濤館 » Et que les élèves auraient nommés ainsi par habitude. Donnant par la même, un nom au style : le  » Shōtō-kan 松濤館 » → Shōtōkan ryū 松濤館流

Arrive l’année 1945 et l’effondrement militaire du Japon. Tōkyō subit de terribles bombardements aériens. Le dōjō 松濤館 n’échappe pas aux destructions et part en fumé. il n’aura été en activé que pendant seulement quatre courtes années. Rude coup pour maître Funakoshi 義珍 qui a également le malheur de perdre sa femme et son fils Funakoshi Gigō 船越 義豪 (1906-1945) expert en karaté qui décède de gangrène pulmonaire . Funakoshi Gigō 船越 義豪 était alors le pilier de l’école et le maître plaçait tous ses espoirs en lui. L’histoire dit qu’il aurait été l’inventeur du coup de pied circulaire → mawashi geri 回し蹴り. Disons simplement , pour nuancer cette affirmation, qu’il l’a remis au goût du jour et qu’il l’a réintégré dans les techniques du karaté car, il ne faut pas oublier que les acrobatiques Chinois, par le biais du kempō 拳法 / 武术 l’employaient depuis, au minimum, la nuit des temps. Christian Faurillon 

1947 . Funakoshi 船越 est de retour de la préfecture d’Ōita 大分県 dans le Kyūshū 九州地方 où il s’était réfugié pour éviter les raides des bombardiers américains. Il prend une part honorifique au développement du karaté de la période dite « d’après guerre 戦後 ». Son fils aîné et ses disciples se chargent de continuer son oeuvre sur le terrain. Ce terrain est principalement universitaire et redouble d’un désaccord de fond concernant la subordination du karaté traditionnel par rapport au karaté sportif.

En 1948 ses disciples fondent la « Japan Karate Association 日本空手協会  » et le nomment au titre hautement honorifique de :  » premier instructeur conseillé technique 初代最高師範 » . Christian Faurillon karatehistorique.wordpress.com 

En 1953 une grande cérémonie est organisée pour fêter le 30e anniversaire (qui est en fait le 31e) de l’implantation du karaté au Japon 空手普及三十周年記念式典 . La cérémonie à lieu dans une salle de spectacle, le Kyōritsu Kōdō de Kanda 神田共立講堂

En 1955 le maître Funakoshi Gichin 船越 義珍 assiste à l’inauguration en grande pompe du tout nouveau dōjō central de la  » JKA Japan Karate Association « mais devant les trop grandes dissensions internes dont elle est l’objet et dont Funakoshi 船越 n’approuve toujours pas l’orientation trop sportive qu’elle veut prendre,  n’y remettra plus les pieds. L’année suivant (1956), au mois d’avril, il démissionne 辞退 de son poste de premier instructeur conseillé technique 最高技術顧問 ne supportant plus les nombreux et profonds désaccords qui règnent au sein de l’association.  Association qui est en fait au bord de la scission. Christian Faurillon karatehistorique.wordpress.com 

En 1957, le 26 avril, il décède à l’âge de 90 (89?) ans . Sa tombe se trouve dans la ville de Kawasaki 川崎市 , ville située dans  la préfecture de Kanagawa 神奈川県 ( grande banlieue de Tōkyō) . Une stèle 石碑 érigée à sa mémoire se trouve dans l’enceinte du temple Enkakuj 円覚寺 de kamakura 鎌倉, là même où il avait étudié les textes bouddhiques.

Fig.0327- Maître Funakoshi Gichin 船越 義珍.1936.

Plus que le statut d’un « combattant » qu’il n’aspirait d’ailleurs pas à devenir ; le maître Funakoshi Gichin 船越 義珍 a laissé l’image ( par le biais de ses disciples) bien méritée du plus talentueux développeur de karaté que le Japon ait connu   , son nom reste celui du maître de karaté le plus réputé au niveau international. À Okinawa, l’image qu’il a laissé de lui est beaucoup beaucoup plus mitigée.

 Les 20 points du karaté 空手二十箇条

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Fig.0332- Cliquer sur l’image pour agrandir ↑

ξ  ☒ titre : Les préceptes du maître Funakoshi Gichin 船越 義珍 Titre : « Les 20 points du karaté 空手二十箇条 » Ouvrage  également connu sous l’appellation de :  » Les 20 préceptes de Shōtō » 松濤二十訓

À savoir :  Le maître n’écrit pas ses préceptes sous forme de conseils. Comme il s’adresse à ses élèves; il emploie un ton sec et paternaliste pour les écrire. Ce qui donne, par exemple; un incisif → « n’oublie pas — wasuréreuna 忘るな » et non pas un plus neutre→ » n’oubliez pas — wasuranaidé 忘れないで ». De ce fait, je traduis les textes tels quels :

№1 空手道は礼に始まり礼に終る事を忘るな — N’oublie pas que le karaté(dō) commence par le salut et fini par le salut. Christian Faurillon karatehistorique.wordpress.com 

№2 空手に先手なし —  En karaté on n’attaque jamais le premier.

№3 空手は義の補(たす)け—  Le karaté est et doit rester au service de l’équité.

№4 先づ自己を知れ而して他を知れ —  Apprend à te connaître avant d’essayer de connaître les autres. Christian Faurillon karatehistorique.wordpress.com 

№5 技術より心術 —     Supérieur à la technique est l’esprit.

№6 心は放(はな)たん事を要す —    Agit l’esprit libre.

№7 禍(わざわい)は懈怠(かいたい)に生ず —  Dès que ta vigilance se relâche la calamité arrive. Christian Faurillon karatehistorique.wordpress.com 

№8 道場のみの空手と思ふな —     Ne crois pas que le dōjō soit l’unique lieu de pratique du karaté.

№9 空手の修業は一生である —    L’étude du karaté est de la longueur de ta vie.

№10 凡ゆるものを空手化せよ其処に妙味あり —  Applique la voie du karaté en toute chose car elle se retrouve en toute chose.

№11 空手は湯の如し絶えず熱度を与えざれば元の水に還(かえ)る —  L’ardeur du karaté est comme l’eau mise en ébullition , si la flamme faiblie, l’eau refroidie.

№12 勝つ考は持つな負けぬ考は必要  —  Ne pense pas à la victoire , pense seulement à la manière de pas être défait. Christian Faurillon 

№13 敵に因って轉化せよ —       Ajuste ta position en fonction de ton adversaire.

№14 戦は虚実の操縦如何に在り —  L’issue de l’affrontement dépend de la capacité à gérer, en ta faveur, des facteurs invisibles.

№15人の手足を剣と思へ —  Considère les mains (les bras) , les pieds (les jambes) comme des sabres.  Christian Faurillon karatehistorique.wordpress.com 

№16 男子門を出づれば百万の敵あり —  Un pas hors de chez toi et c’est un million d’ennemis potentiels qui te guettent.

№17 構は初心者に後は自然体 —  Laisse la posture de garde guindée aux débutants; recherche la posture naturelle. Christian Faurillon 

№18 形は正しく実戦は別物 —    Exécuter correctement un kata et se comporter en combat réel sont deux choses totalement différentes.

№19 力の強弱体の伸縮技の緩急を忘るな —  N’oublie pas la capacité du corps à réagir instantanément en contraction-extension lors de l’exécution des techniques.

№20 常に思念工夫せよ —   Cherche à loger ton idéal dans les activités du quotidien.

 ξ    /   Traduction: Christian Faurillon ©

À noter qu’une partie de ces préceptes ne sont pas directement de Funakoshi Gichin 船越 義珍 mais inspirés pour une part de ses maîtres et d’autre part d’ouvrages philosophiques, martiaux et religieux souvent très anciens.

Les livres qu’il a écrits sont au nombre de quatre :

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Ryukyu Kempo Tode 琉球拳法 唐手

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Rentan Goshin Tode Jutsu 錬胆護身 唐手術

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Karatedo Kyohan 空手道教範

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Karatedo Ichiro 空手道一路

Ses élèves les plus connus:

  • Kasuya Masahiro 粕谷真洋
  • Gima Shinkin 儀間真謹
  • Otsuka Hironori 大塚博紀
  • Konishi Yasuhiro 小西康裕
  • Taira Shinken 平 信賢
  • Shimoda Takeshi 下田武
  • Funakoshi Gigō 船越義豪
  • Nakayama Masatoshi 中山正敏
  • Egami Shigeru 江上茂
  • Hironishi Motonobu 廣西元信
  • Takagi Masatomo 高木正朝
  • Iwata Seishi 岩田成志

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Nom : Hanagusuku 花城 (« Hanagusuku » en dialecte d’Okinawa et « Hanashiro » en japonais) Nom chinois → Ming Zengsheng 明増盛

Prénom : Chōmo 長茂

Date de naissance et de décès : 26 juillet 1869 – 1945

Lieu de naissance : inconnu mais probablement dans un des villages implantés autour de l’enceinte du château royal de shuri 琉球国首里邑.

Hanagusuku Chōmo  長茂花城  naît en 1869 dans une famille de la haute noblesse de Shuri, les Teruya 照屋 Pechin 親雲上 Chota 長太 branche familiale descendante du roi Shō Toku 尚徳王. Il est le troisième fils de Hanagusuku Chōkō 花城長康 et de son épouse Kyoshi (?) 許氏.  Christian Faurillon karatehistorique.wordpress.com 

Vers la fin des années 1870 et le début des années 1880 , alors qu’il va sur ses dix, douze ans, il accède à l’enseignement de Itosu Ankō 糸洲安恒. Il semble être avec Motobu Chōyū 本部朝勇、Motobu Chōki本部朝基 et Yabu Kentsū 屋部 憲通 , un des premiers élèves d’ Itosu Ankō 糸洲安恒.  Christian Faurillon karatehistorique.wordpress.com 

On perd ensuite sa trace pour la retrouver en 1890 où il est reçu avec brio au groupement d’instructeurs de l’armée de terre  » rikugun kyōdōdan 陸軍教導団 » . Son ami Yabu Kentsū 屋部 憲通 semble l’avoir influencé pour se présenter aux concours d’entrée. Sur les cinquante prétendants originaires de la préfecture, trois seulement seront retenus. À noter que les trois jeunes gens à avoir été reçus, étaient tous les trois des todéka/karatéka élèves de Itosu Ankō 糸洲安恒. Les deux autres élèves sont; Yabu Kentsū 屋部 憲通 (1866-1937) qui se créera une belle renommée au sein de la population Okinawïenne et Kudeken Kenyu 久手堅憲由 (1869 -1940).

En 1894 Chōmo Hanagusuku 花城長茂 participe à la guerre chino-japonaise 日清戦争(1894-1895).

Dix ans plus tard, en 1904 il participe à la guerre russo-japonaise 日露戦争(1904-1905).

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Fig.0340- Estampe  japonaises ayant pour sujet la  russo-japonaise 日露戦争 (1904-1905).

1905 De retour dans son île natale, il enseigne 第一中学体育教師 le todé 唐手 dans le cadre des cours d’éducation physique au collège préfectoral № 1 de shuri , dit le :  » Okinawa kenritsu dai ichi chugako 沖縄県立第一中学校 (Actuel Okinawa kenritsu shuri kotogakō 沖縄県立首里高等学校). Au mois d’août ; il rédige une étude portant sur la recherche du kumité 組手 et intitulée : le kumité de Karaté /karaté kumité /空手組手. C’est la première fois que le mot karaté est écrit avec le caractère « vide 空 » . Ce terme, sera repris trente ans plus tard par le maître Funakoshi Gichin 船越 義珍.

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Fig.0341 – collège préfectoral № 1 de shuri – Okinawa kenritsu dai ichi chugako 沖縄県立第一中学校  Christian Faurillon karatehistorique.wordpress.com 

À savoir : le maître Hanagusuku 花城 a eu accès, comme d’ailleurs beaucoup d’autres maîtres de l’époque, au traité dit du : « Okinawaden Bubishi 沖縄伝武備志 » Ouvrage rapporté de de la province chinoise du Fujian 福建省 (dit on ) par le maître Higaonna Kanryō 寛量 東恩納.  Christian Faurillon karatehistorique.wordpress.com 

Le Bubishi original → en langue chinoise porte le titre de →  » Wubei Zhi 武備志 » « Annales de la préparation au combat » → Il est Daté de 1621 et comporte , la somme astronomique de 240 chapitres 巻 étalés sur plusieurs volumes. Cet ouvrage traite de tous les sujets ayant un rapport avec : l’armement, les protections, les techniques militaires et arts guerriers de l’époque. L’ouvrage original chinois, ne doit pas être confondu avec l’Okinawaden Bubishi 沖縄伝武備志 .( Pour en savoir plus :  l’Okinawaden Bubishi )

Le maître Hanagusuku 花城 a tiré de l’Okinawaden Bubishi 沖縄伝武備志 l’idéogramme  » Kara/ 空/vide  » Il se trouvait dans le texte dit des :  » huit importantes sentences du kenpo 拳法之大要八句  » et plus exactement dans la cinquième sentence philosophique qui est la suivante : Shôuféng kong zérù 手逢空則入 → « C’est la nature physique du vide (kara) qui permet à la main (té )de pénétrer en son sein chaque fois qu’il est présent « 

En 1919, il devient 村長 le maire du village de Mawashi 真和志村 ; village qui se trouve au sud du palais royal de Shuri et qui sera absorbé en 1957 pas la ville de Naha (Adresse actuelle : Mawashi Shuri Naha-city 那覇市の首里真和志)

En 1923, 24 Chōmo Hanagusuku 花城長茂 est membre de l’association d’étude et de recherche sur le todé 唐手/karaté → l’Okinawa Karaté Kenkyu Kurabu 沖縄唐手研究倶楽部 ( le mot karaté est ecrit avec l’idéogramme → chinois/kara/ 唐 »et non pas avec l’idéogramme → » vide /kara/空 » . L’ association à son siège social à Naha 那覇 (Wakasa cho 那覇市若狭町旭ヶ丘南 ) Motobu Chōyū本部朝勇 en est le président. Mabuni Kenwa 摩文仁賢和, Miyagi Chōjun 宮城長順, Chibana Chōshin 知花朝信 et de nombreux autres jeunes membres férus de todé/karaté, en font partie. Christian Faurillon 

Des 1933, Chōmo Hanagusuku 花城長茂 atteint une certaine notoriété au sein des arts martiaux traditionnels okinawïens et plus particulièrement dans le courant dit du shuri-té  首里手 ( courant non encore connu sous ce nom)

En 1934, il enseigne le karaté dans le quartier de Asato 安里で空手を指導。安里 à Naha 那覇市 ( à l’origine Asato était un village indépendant 安里村) Bien que le lieu exacte n’a jamais été précisé, il semble que ce soit dans un de établissement appartenant à l’armée de terre 陸軍施設 qui se trouvait implanté à Asato 安里 Christian Faurillon 

Le 25 octobre (voire le 28/03/1937 ? ) 1936 il participe à une assemblée rassemblant les figures du Karaté Okinawaïen , au cours de laquelle sera débattu le sujet de l’adoption ou non du terme devenu quasi officiel de  : » karaté 空手 → Main vide « , au dépend de celui de « todé 唐手→ Main chinoise » . Le terme karaté « Main vide 空手’ sort vainqueur du débat mais sans en avoir fait pour autant l’unanimité .(voir la page suivante concernant le sujet : Le karaté : des appellations successives à travers les âges:)

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Fig.0338-  Hanagusuku Chōmo 花城長茂  -1937.

En 1937, Chōmo Hanagusuku 花城長茂 participe à l’ouvrage collectif :  » Karatédo Taikan 空手道大観 » qui sortira en 1938. Il y décrit les phases du kata 型 « Jihon 慈恩  » Un des deux kata  型 qu’il affectionnait particulièrement. Le deuxième étant le kata Wanshū 汪楫. Christian Faurillon karatehistorique.wordpress.com 

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1945, Il est dans sa 76e année lorsqu’il trouve la mort au cours de la bataille d’Okinawa 沖縄戦,  et alors qu’il s’était réfugié dans le nord d’Okinawa (  village de Haneji 羽地村 actuellement inclut dans le district de la ville de Nago 名護市北西部 ) .  Sa tombe se trouve à Naha 那覇市dans le le petit cimetière de Makabi 真嘉比墓地 jouxtant le jardin public du même nom 真嘉比中央公園 et dont l’adresse est la suivante : 3-16 Makabi Naha-shi Okinawa-ken 902-0068.

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Fig.0342- ↑ La tombe de Hanagusuku (Hanashiro) Chōmo 花城長茂先生の墓.  On peut découvrir les détails et l’emplacement en cliquant sur le lien suivant : Les tombes de trois grands maîtres de Karaté du cimetière Makabi.

Ses élèves les plus connus :

  • Arakaki Ankichi 新垣安吉 1899 -1927
  • Nakama Chōzo 名嘉真朝増 1899 – 1982
  • Miyahira Katsuya 宮平勝哉 1918 – 2010
  • Shimabukuro Zenryō 島袋勝之  1904 – 1969
  • Yuchoku Higa 比嘉佑直 1910-1994
  • Kinjo hiroshi 金城裕 1919-2013
  • Nakazato Shūgorō 仲里周五郎 1919-
  • Ishikawa Setoku 石川精徳 1925-2013

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  沖縄空手の歴史 Christian Faurillon -フォーリヨン・クリスチャン ©2015

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