Instruments d’entraînement : du makiwara au chishi.

Instruments , objets et ustensiles  » tanren-gu 鍛錬具 « employés dans le todé/karaté 唐手・空手 d’une manière générale au perfectionnement technique, physique et mental par le biais d’un renforcement musculaire , d’un endurcissement du corps et d’une recherche de puissance et de précision.

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Fig.0493 -Musée du karaté et du Kobudo d’Okinawa 沖縄県空手博物館.

Le makiwara 巻藁 :

L’ancêtre du makiwara proviendrait de Chine中国. Cet ancêtre, beaucoup plus élaboré, se nomme le « mù rén zhuāng 木人樁 » (pilier de l’homme de/en bois ) Comme son nom l’indique, il est censé représenter un adversaire. Les combattants chinois s’en servent autant pour l’endurcissement des avant-bras , le travail des blocages que pour la frappe en elle même. Naturellement, sous une forme « type » de base, il existe des différences plus ou moins marquées d’un modèle à l’autre. La morphologie du combattant, les caractéristiques d’un style, les techniques préférentielles étudiées, peuvent apporter des modifications importantes de l’instrument.

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Fig. 0499 et Fig.500 : « mù rén zhuāng 木人樁 »  pilier de l’homme de/en bois (mannequin)

Fig. 0705 – Un rare spécimen  » mù rén zhuāng 木人樁 « en usage à Okinawa. Dōjō du Renseikan 錬成館 より.

À Okinawa, les exemplaires « d’homme en bois / mù rén zhuāng /木人樁 » sont beaucoup plus rares. la raison n’est pas facile à cerner. Peut être que : le poids et le volume de l’instrument permettent difficilement la dissimulation, en outre l’emploi de techniques et déplacements spécifiques au todé/karaté, faisaient que les pratiquants se focalisaient sur une autre gamme d’instruments et d’ustensiles beaucoup plus discrets et tout aussi performants. Le mot makiwara tel que nous le connaissons actuellement; est un mot d’origine japonaise; il est composé de deux idéogrammes №1 « maki 巻  » →  » enrouler » et №2 « wara 藁 » →  » paille ». Le makiwara est un instrument d’entraînement fort ancien du kyū-jutsu 弓術 ( technique du tir à l’arc) Sa composition faite de paille permettait de ne pas émousser la pointe des flèches ou de les abîmer par la multiplication des tirs d’entraînement.  Christian Faurillon karatehistorique.wordpress.com

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Fig. 0516-  Makiwara de kyū-jutsu 弓術の巻藁.(positionné latéralement)

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Fig. 0496-  Une variante  « makiwara 巻藁  » beaucoup plus modeste et mobile mais largement inspirée par le makiwara 巻藁 de kyū-jutsu.

Les nobles du royaume des Ryūkyū 按司 , pratiquaient cette technique importée du Japon. Le makiwara du kyū-jutsu 弓術 pouvait éventuellement , comme c’est le cas comme beaucoup d’autres objets et d’instruments, servir de makiwara pour le todé/karaté 唐手・空手.  Christian Faurillon karatehistorique.wordpress.com

L’apport du style Jigenryu 示現流剣術 pratiqué par les occupants japonais du clan de Satsuma, n’est pas à négliger car des nobles du royaume des Ryūkyū ont eu accès à son enseignement. Dans ce style comme dans de nombreux styles de sabre 剣術 on trouve également une sorte de long poteau fixé en terre et où des milliers de coups répétitifs (sabres d’entraînement en bois) viennent le frapper. Ensuite, la technique était affinée avec une frappe à lame réelle sur une natte en paille 畳表 ( natte qui recouvre les dessus de tatamis). Pour donner plus de consistance à cette natte tressée , on l’enroulait sur elle même et on la laissait trempée dans l’eau pendant quelques jours, elle obtenait ainsi la force de résistance d’un… cou humain. Cette natte enroulée prenait alors le nom de « makiwara 巻藁  » 居合巻藁.  Christian Faurillon karatehistorique.wordpress.com

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Fig. 0492- Natte en paille de riz ( natte qui recouvre les dessus de tatamis 畳表) enroulée « makiwara 居合巻藁 » et  Fig.0494- un  » aller-retour » fulgurant de sabre.

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Fig.0522 – Sabre et Makiwara ; Maître de forge japonais exerçant un rituel.

Makiwara 巻藁 de todé/karaté 唐手・空手

Nous ne savons pas qui est l’inventeur du makiwara, aux formes épurées, tel que nous le connaissons, ni quand et où il a fait son apparition. Le maître Itosu Ankō 糸洲安恒 en faisait un usage immodéré. Des photographies de la fin du 19e et début du 20e siècle nous le font déjà découvrir sous sa forme actuelle.

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Fig.0504-  Le makiwara 巻藁 est étudié de manière a ce qu’il puisse évacuer naturellement les ondes de choc, suite à la frappe, Iimitant ainsi les effets néfastes dont est sujet l’organisme lors des entraînements répétitifs. makiwara 巻藁 frappes mains/pieds.

Quelques variantes :

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Fig.0511- Poteau de frappe (également connu sous le terme général de « makiwra 巻藁 » ) dont le but est premier est de fortifier les avant bras (blocages). Noter les longues fentes verticales; barrières protectrices contre l’onde de choc.

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Fig.0517- Poteau de frappe (également connu sous le terme général de « makiwra 巻藁  » ) Sans l’amortisseur de la corde de paille de riz.

Fig. 0706 – Makiwra 巻藁 , dōjō du Renseikan 錬成館 より.

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Fig.0508 – Makiwara 巻藁  élaboré équipé de ressorts et d’un bras vertical pour travailler les frappes et les blocages.

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Fig.0509 – Makiwara 巻藁   équipé d’un  bras vertical amovible à contre poids pour travailler les frappes et les blocages. Fig.0506; une variante.

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Fig.0503-  » tsurinawa 釣縄 »   Boules formées avec de la paille et suspendues; principalement faites pour le travaille des mains. Le mouvement d’oscillation après chaque frappe rend difficile la suivante, ce qui est en fin de compte l’exercice recherché.

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Fig. 0518- Rondin de frappe suspendu →    « Sagibui   サギブイ. Les mouvements désordonnés du balancier suite à une frappe permettent de s’habituer à ces derniers tout en continuant de les frapper et de les suivre du regard. Le rondin est suspendu grâce à une corde de paille de  riz ou une corde en fibre végétale 棕櫚縄 tirée du palmier chanvre ( Trachycarpus) et dite : “Jyuro シュロ 棕櫚”. Parfois aussi on recouvrait les extrémités avec des chiffons pour en atténuer la trop grande dureté.

Autres :

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Fig.0512- Le bon vieux sac de sable en cuir. Notez que la plupart des sacs de frappe sont actuellement remplis , non pas de sable mais de tissus et qu’ils ne sont plus que rarement en cuir, sauf si on y met le prix.  Christian Faurillon karatehistorique.wordpress.com

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Fig.0513-   Bac à sable en pierre taillée, rempli de sable, de gravier, ou de petits cailloux et dit « Sunabako  砂箱  »  Fig.0507 – Caisse en bois réservée au même usage mais beaucoup moins volumineuse. Les « Sunabako  砂箱 » sont employés pour l’endurcissement de la surface des mains  et des doigts. L’entraînement pouvait être progressiste en changeant le contenu du bac et de la caisse par du sable, du riz sec, des haricots rouges ( également secs) , etc.

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Fig.0521-  Entraînement au « Sunabako  砂箱 ».

Objets et ustensiles  » tanrengu 鍛錬具  » :

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Fig.0505-   « Chishi チーシー » employé pour la fortification des articulations et des muscles des avant-bras. Cet objet dérive d’un outils de tissage ;  le fuseau/ quenouille (?)à socle employé anciennement dans les campagnes du royaume des Ryūkyū  民具→  Fig.0497-  le « chishi チーシー »  ou  » tiishi  ティーシー »  .  Notez que « ishi »  veut dire « pierre 石   » en japonais.

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Fig.0497-  le « chishi チーシー »  ou  » tiishi  ティーシー »  ; le fuseau/ quenouille (?) à socle.

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Fig.0495- Sashi サーシー (haltères) en pierre calcaire des Ryūkyū, employés pour la fortification des poignets , des mains , des doigts, des avant-bras , des pieds et des chevilles. Actuellement, la plupart des Sashi サーシー sont en ciment ou en béton.

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Fig.0621- ↑ Le Sashi サーシー est originaire de la Chine où il est parait-il connu sous le nom de  » dèng  zǐ    磴子 »  (Cliquer sur l’image pour agrandir. ↑)

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Fig.0502 – et Fig.0520- Poteries à panse: jarres « Kaami → カーミ → 甕  » . Les jarres sont employées pour le travail de base qui consiste , premièrement à abaisser le centre de gravité et deuxièmement à rendre plus puissante la poigne.  Pour les alourdir, il suffit de rajouter de l’eau ou du sable à l’intérieur.

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Fig. 0519 -Les anciens, récupéraient les « Kaami → カーミ → 甕  » dans les débits de boissons où il servait à conserver  » l’ awamori 泡盛 « ; l’alcool de riz au goût spécifique originaire des Ryūkyū. La forme et la circonférence du goulot, se prêtait admirablement à l’adhérence des doigts et du maintien à la force du poignet . Actuellement devant la relative rareté de la jarre d’awamori, des jarres sont spécialement crées et vendues comme instruments d’entraînement de karaté.

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Fig.0514 –  instrument rudimentaire fait de paille et permettant le travail de la poigne  par le biais du développement des muscles de la main. Des petits galets étaient également usités pour ce travail de la poigne et des poignets.

Fig.0510 – Soulevé de poids → kuro-isa (pierre noire 黒石) Pierre d’un poids relativement important, usitée pour le travail de la coordination , de l’équilibre et axé sur la respiration « ibuki 息吹 » → 陰と陽 → in 陰 et yo 陽 → respiration négative et positive / respiration complémentaire.

De lourdes pierres sont souvent entreposées dans les jardins des centres culturels où les jeunes viennent comparer leur force par le « soulevé de terre » et le « jeté  » lors de compétitions ludiques.

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Fig.0498- Geta pour le  travail de fortification des membres inférieurs  : « Geta 下駄 « Chausses traditionnelles originaires du Japon. Les géta sont fabriquées en bois et il en existe beaucoup de variantes.  Les geta fabriquées en métal sont uniquement crées pour être placées comme ex-voto  devant les temples  (handicap moteur, problèmes de locomotion) . Difficile de savoir ou et quand elles furent incorporées comme objet d’entraînement du karaté. Actuellement leur emploi est beaucoup moins fréquent qu’au siècle dernier. Le fait que la geta elle même soit  passée de mode, ni est certainement pas étranger. Elles étaient beaucoup  plus employées par les karatéka(s) japonais que Okinawïens; je la laisse dans cette rubrique pour information. D’un poids souvent excessif, elles permettent le travail des jambes et visent plus particulièrement à l’amélioration de la frappe des pieds →keri 蹴り.

Fig.0644- Geta taillée dans le calcaire des Ryūkyū .

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Fig.0501 – Kyan Chōtoku 喜屋武朝徳 avec ses élèves dans le jardin du dōjō de Yomitan-Hijabashi  読谷村比謝橋. À leurs pieds quelques instruments décrits plus haut. /// À partir de la gauche : Nakazato Joen  仲里常延, Kyan Chōtoku 喜屋武朝徳, Matsumoto  Yoshitake, 松本吉武 , Nishihira Sokazurō 西平宗一郎  (petit fils du maître ) et Kuratō Shiōichi 蔵当正一  / 1941   karatehistorique.wordpress.com

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L’histoire du karaté Okinawaïen  沖縄空手の歴史 Christian Faurillon -フォーリヨン・クリスチャン ©2015

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