L’énigme Kūshankū

L’énigme Kūshankū :
Kūshankū voire Kōskōkun,  voire Kūsankū, voire Kosyokun etc.公相君 (prononciation japonaise) et  Xiàng gōng jūn (prononciation chinoise) /// (公相君 こうしょうくん、クーサンクー、クーシャンクー)

De nombreuses recherches ont été réalisées pour essayer de cerner avec plus de précisions le personnage et le contexte historique mais étant donné le manque de sources écrites le résultat reste mitigé.
Au sujet de son nom, de sa fonction et de la durée de son séjour, les controverses sont trop nombreuses pour essayer de démêler le vrai du faux. Faute de preuves tangibles, la vérité ne peut se hisser qu’au niveau de la simple hypothèse, il est donc primordial de prendre en compte cet état de choses en lisant les paragraphes qui suivent.


Kushanku 公相君 en quelques lignes

Kushanku 公相君 est selon la tradition ( concrètement invérifiable) un haut fonctionnaire chinois spécialiste des arts martiaux qui aurait laissé un important héritage technique au sein du karaté Okinawien, il aurait fait partie d’une délégation envoyée par l’empereur de Chine. Cette ambassade   aurait eu lieu vers le milieu du 18e siècle, 1755, 1756 (?). 

Sous le règne du roi Shō Boku 尚穆王 (1739 -1794). Dans les annales du « Oshima Hikki 大島筆記 (1762)  » Un très court et très vague paragraphe fait allusion à Kushanku 公相君. C’est la seule archive (connue à ce jour) qui laisse des traces de son passage aux Îles Ryūkyū ⇒ Le Oshima Hikki 大島筆記 est consultable en ligne à l’ adresse suivante : 貴重資料詳細 | 琉球・沖縄関係貴重資料デジタルアーカイブ – 琉球大学   Ryukyu university.

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Fig.0569 & 0570 –  Oshima Hikki 大島筆記– Passage faisant allusion au  délégué Chinois appelé  « Kushanku 公相君 » (Cliquer sur les images pour les agrandir)

Sous le règne de Shō Boku 尚穆王; les ambassades chinoises sont assez rares du fait du contexte intérieur auquel doit faire face la Chine, il est donc difficile de situer historiquement l’année de l’arrivée de Kushanku 公相君 sur le sol d’Okinawa 沖縄本島.

Comme cela a été souvent souligné, la venue d’une ambassade chinoise avait pour principale raison « d’homologuer » l’intronisation du roi des Ryūkyū. Intronisation qui comprenait la cérémonie officielle de transition du lien de vassalité d’un roi à l’autre.

Grâce aux annales, nous connaissons la date d’intronisation de la plupart des rois des Ryūkyū, il n’est pas difficile de démontrer que la date de la venue de Kushanku 公相君 (du moins celle de la période qu’on lui prête ), ne correspond à aucune de ces intronisations.

L’ambassade aurait été constituée, au minimum, par une centaine de représentants chinois. Ces délégués et leurs serviteurs restaient environ trois mois pour assister aux festivités. Tous les frais, sans compter les présents offerts à L’empreur de Chine étaient pris en charge par le royaume des Ryūkyū. Cet événement devait coûter une petite fortune au royaume.  Christian Faurillon karatehistorique.wordpress.com


Sur les traces du nom   » Kushanku 公相君 »

Tout d’abord, il est important de signaler que Kushanku 公相君 ⇒ en chinois :  » Xiàng gōng jūn 公相君  » n’est pas employé en Chine comme nom de famille, il se rapporte à une fonction : exp ⇒ ministre voire dignitaire de haut rang (对官长的尊称 : Titre honorifique de dirigeants )

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Fig.0566- Dignitaire chinois de haut rang   对官长的尊称.

Traduction (approximative) des caractères chinois employés pour écrire le nom Kushanku 公相君 ( prononciation japonaise) et xiàng gōng jūn (prononciation chinoise)
gōng ⇒ signifie ⇒ publique – public.
xiàng ⇒ signifie ⇒ ministre – dignitaire 
jūn ⇒ signifie ⇒ gentleman – homme de réputation- seigneur.

À savoir:  dans les textes anciens (du royaume des Ryû-kyû ) , le caractère  »  jūn » a une consonance divine et se prononce en japonais : kimi et se rapproche sémantiquement du caractère= 神 kami (dieu, divinité).
Exemple concret : le titre que portait les grandes prêtresses ノロ / 宣 était le suivant → Kikoé no Okimi 聞得大  

Nous avons donc affaire à un haut fonctionnaire chinois dont on ne connaît ni le nom ni la fonction exacte et qui pratiquait le « Kumiaï jutsu 組合術  » . Le « Kumiaï jutsu 組合術  » est un terme employé dans l’ Oshima Hikki 大島筆記. (cité plus haut ) Terme peu précis et peu employé ailleurs et qui peut en outre donner lieu à plusieurs interprétations sensiblement différentes : exp : de la lutte, du sumo 相撲 ou tout autre art de combat à mains nues. Kushanku 公相君 étant Chinois les auteurs de divers ouvrages en ont déduit certainement,  avec raison qu’il devait pratiquer la boxe chinoise et plus précisément celle du Shaolin 少林. On lui donne le titre de « maître d’armes ⇒ Bukan 武官 »中国の武術家.

Fig.0638 – La lutte du sumo 相撲 pratiquée à Okinawa. Joutes entre étudiants, années 30.  Dérivée de la lutte du sumo 相撲 japonais mais avec une règle légèrement différente.

Traduction approximative de  » Kumiaï jutsu 組合術  »
Kumiaï 組合 ⇒ assemblage (dans le sens d’un module qui s’emboîte dans un autre module) Au japon on emploie ce mot pour designer un syndicat.
jutsu 術 ⇒ technique.  Christian Faurillon karatehistorique.wordpress.com

La tradition orale rapporte qu’il aurait eu pendant son séjour (que l’on situe territorialement à Shuri首里) pour disciple (en autres ) le célèbre Sakugawa Ganka 佐久川 寛賀 mais comme on ne prête qu’aux riches, il est difficile de se prononcer avec affirmation et de savoir s’il s’agit bien en fait du même  » haut fonctionnaire chinois Kushanku 公相君 » . Surtout que l’on ne connaît pas avec exactitude l’année de naissance de Sakugawa Ganka 佐久川 寛賀. Disons que cela reste du domaine du plausible car une série de kata(s) 型 et dérivés du courant de karaté de Shuri portent ce nom de « 公相君  Kushanku » .

Les kata(s)型 :
Kushanku Dai 公相君大(Grand Kushanku ) , Kushanku Sho 公相君小 (petit Kushanku ) , Shihō Kushanku 四方公相君( Kushanku quatre directions ) , Chatanyara Kushanku 北谷屋良公相君(le Kushanku de Chatanyara), Chibana Kushanku 知花公相君(le Kushanku de Chibana) etc.

Comme nous je l’ai signalé plus haut, ce nom n’est pas employé en Chine comme nom de famille 公相君 Par contre ce qui est intéressant à signaler quand on étudie de plus près les trois caractères chinois employés pour former ce nom, c’est qu’il suffit d’ inverser l’ordre des deux premiers (→ ce qui donne ceci : Gong Xiang 公相 en Xiang Gong 相公) pour trouver un Xiang Gong 相公 , sorte d’archétype de l’homme courtois, galant et courageux . Quand on pousse l’étude un peu plus loin, on trouve : « Xiang Gong Ye 相公爺 « . Ce Xiang Gong Ye 相公爺 est un des avatars d’une divinité masculine patronne à la fois des arts artistiques et des arts guerriers ( parfois également appelée Xiang Gong fú 相公佛 ⇒ connotation bouddhiste)  — * Il y a également  une possibilité d’interférence avec un dénommé  » zhāng shèng jūn 张圣君 « → 張公聖君 (张公圣君)  prêtre taoïste (associé à la puissance impériale 敕 ) pratiquant les arts martiaux et déterminé à lutter contre le mal et sauver le monde. Prêtre taoïste divinisé. On retrouve en Chine les traces d’une statuaire 張公聖君像 qui lui est dédiée —

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Fig.0568 – Xiang Gong Ye 相公爺, divinité masculine patronne des arts artistiques et  guerriers

Pourquoi est-ce intéressant ? et bien pour la bonne raison qu’il s’agit de la même divinité en honneur dans l’Okinawaden Bubishi 沖縄伝武備志 ; ouvrage tenu en haut estime par les anciens maîtres de karaté (Cliquer ici pour en savoir plus > visionner le bas de l’article présenté sur la dite page ). Difficile de savoir si il y a un rapport mais le fait mérite quand même d’être signalé.

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L’histoire du karaté Okinawaïen  沖縄空手の歴史 Christian Faurillon -フォーリヨン・クリスチャン ©2015

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