Les hommes de la tradition : Nakasone Genwa ou  » l’illustre inconnu « 

Nakasone Genwa 仲宗根 源和 – Biographie  succincte :

   

Nom : Nakasone 仲宗根 (prononciation en français : Nakassoné)
Prénom : Genwa 源和
Surnom : inconnu (Être affublé d’un surnom n’a rien de surprenant, c’est une coutume ancrée dans la tradition d’Okinawa)
Date de naissance et de décès : 6 octobre 1895 – 18 octobre 1978
Lieu de naissance : Village de Toguchi / 沖縄県本部間切渡久地村 → presqu’île de Motobu (Motobu-hanto 本部半島)

Nakasone Genwa 仲宗根 源和 :
Malgré la place prépondérante qu’il a eu dans la promotion et la diffusion d’ouvrages de karaté , Nakasone Genwa reste, hormis d’un nombre restreint de pratiquants, un illustre inconnu.

La raison, tiens au fait qu’il n’a jamais enseigné le karaté et je n’ai pas trouvé d’ouvrage mentionnant qu’il ait effectivement pratiqué non plus.

S’il a pratiqué, il l’a fait au cours de ses études. Séjour qu’il a accompli au sein de la prestigieuse école de formation d’enseignants scolaires ; l’Okinawa Shihan Gakō / 沖縄師範学校 (1879- 1945) , où il a subi , par disciples interposés l’influence du maître Itosu Ankō 糸洲 安恒. La discipline étant largement enseignée dans ce creuset de formation d’enseignants de l’instruction publique où étaient alors formés les instituteurs de la préfecture d’Okinawa ( voir les fig. 0290 et 0637 de la page suivante **** )
Cette école de formation possédait également une école primaire et un collège affiliés et implantés à Shuri 首里, siège de l’école. Certains élèves, passant d’un bâtiment dans l’autre ont  effectué tout leur cursus dans le même établissement,  ils ont bénéficié de l’enseignement du karaté par le biais des cours d’éducation physique dispensés dans le cadre du programme scolaire 学校体育qui a été élaboré vers la fin du 19e siècle. quelques-uns, après avoir réussi leur examen, y sont revenus pour suivre les cours en vu d’une formation d’enseignant dans le primaire. Tel sera le cas, entre autres, du maître Funakoshi. ©Christian Faurillon. karatehistorique.wordpress.com

À Okinawa, Nakasone Genwa 仲宗根 源和 est plus connu pour son parcours politique que pour ses publications et éditions effectuées au bénéfice du karaté.

Nakasone Genwa 仲宗根 源和 est le fils de Nakasone Genichirō 仲宗根 源一郎. Le jeune Genwa ne semble ne pas avoir connu sa mère. La famille 仲宗根 est (parait-il) de lignée de petite noblesse → dite des Nakasone pechin 仲宗根親雲上 , il ferait partie de la 8e génération selon l’arbre généalogique de la famille → Nakasone chūssei Keizu 仲宗根門中世系図.

Je n’ai pas trouvé d’autres informations concernant son enfance ou son adolescence. La seule chose que l’on peut déduire, c’est que vu ses études et son parcours futur , il devait être un enfant doué pour les études.

Journaliste, écrivain, éditeur et politicien.

1915 – il obtient son diplôme d’enseignant dans le primaire. Puis il devient instituteur (lieu inconnu ?) Emploi qu’il n’exercera que quelques années seulement avant de partir vivre à Tokyō.

En mars 1919 , c’est là qu’on le retrouve, il y aurait fait connaissance avec des instituteurs et des universitaires japonais influencés par la prise de pouvoir des bolcheviques en Russie et par l’internationale communiste.

1922 – Genwa 源和 prend sa carte au tout jeune parti communiste japonais → Nihon kyōsantō / 日本共産党, fondé le 15 juillet mais qui n’est alors qu’une organisation politique clandestine et pourchassées aussi bien par la police que par l’armée impériale japonaise.

1923 – Lors de la deuxième session du parti, il est élu secrétaire permanent 常任幹事. Au mois de mai la police l’arrête dans une opération combinée, ainsi que les 80 autres membres du parti. Cette opération coup de poing est connue sous le nom de : Dai ichi jikyôsantô jiken / 第一次共産党事件 Elle fait suite à la découverte, sur un espion (?) , d’un document classé « secret défense ». Ce document étant censé être détenu par un universitaire qui est également cadre du parti communiste japonais. L’universitaire se retrouve inculpé d’espionnage au profit d’une puissance étrangère (on se doute laquelle) et interné. Suite à cet événement, on perd sa trace pendant plus d’un an (emprisonnement ?) Le fait qu’il soit originaire d’Okinawa n’a certainement pas dû lui être favorable non plus; la préfecture d’Okinawa ne passant pas pour être une fidèle disciple du culte de l’empereur du Japon.

1925 – Nakasone Genwa 仲宗根 源和 écrit un livre (126p) dont le titre est le suivant  » Rôrô rossia shinkyô-iku no kenkyū / 労農露西亜新教育の研究 » → traduction approximative : « recherches sur la nouvelle éducation des masses laborieuses russes  » édité le 14 avril par la maison d’édition Kobunsha / 弘文社 Une maison d’édition (marxiste) qui a son siège dans le quartier de Nihonbashii 日本橋 au 12 Shimomaki Chô → 東京都日本橋品下槇町十二番地 . Selon la mention obligatoire de l’ouvrage, censé indiquer également l’adresse de l’auteur, elle indique cette présente adresse comme étant celle de résidence de Nakasone Genwa 仲宗根 源和 .

Fig.0712 – Mention obligatoire de l’ouvrage : quartier de Nihonbashii 日本橋 au 12 Shimomaki Chô → 東京都日本橋品下槇町十二番地

1926 – En Mai, on le retrouve éditeur en chef 責任編集者 (発行名義人) dans la maison d’édition : Muzansya Shinbun Sha/ 無産者新聞社出版部 qui édite un journal militant tiré à 30.000 exemplaires, portant le même nom et centré sur la défense des intérêts du milieu ouvrier. Elle est interdite de publication et fermée en 1929. Étant donné le contexte historique, on se demande en fait comment cette maison d’édition a pu perdurer pendant plus de trois ans !?
On perd encore une fois sa trace. Est-il aller se réfugier à Okinawa ? A-t-il été interné ? Est-il resté à Tôkyô, difficile de le savoir mais l’édition d’ouvrages dans divers éditions penche en faveur de la dernière hypothèse; celle de la capitale: Tôkyô mais très certainement agrémentés de séjours au pays.

1933 – Au mois de juillet de 1933 il édite un important album de photos sur Okinawa :  » Okinawa ken jinbutsu fukei shashinchô / 沖縄県人物風景写真帖 » →  » habitants et paysages de la préfecture d’Okinawa  »  ( édité par le collectif Kankokaï 沖縄県人物風景写真帖刊行会 ) Où l’on découvre les lieux les plus emblématiques de l’archipel et de ses habitants. Cet album est intéressant, non seulement pas son riche contenu mais également parce qu’un feuillet publicitaire concernant le maître Mabuni Kenwa 摩文仁賢和- est inséré dans ses pages : « Mabuni Kenwa 摩文仁賢和 – Nihon kempô karaté shihan de l’université du Kansaï (Ōsaka) -日本拳法空手師範- 関西大学- 大阪高等医専の空手拳法師範 » . Cela semble être la première approche en faveur du karaté (même si elle reste modeste) via une édition à laquelle il participe  

1934 – Au mois de mars, il édite le  » Kobo jizai goshinjutsu karaté kenpō / 攻防自在護身術空手拳法 » écrit par le maître Mabuni Kenwa 摩文仁賢和.  Maison d’édition Daïnanyô 大南洋出版社.

(le) 5 décembre 1934 sort l’ouvrage  » karatedô kenkyū daï-ichi Syū / 空手研究第一輯  » →  » Compilation numéro un du groupe de recherche du karaté dô « ; il n’y aura pas de suite… la compilation numéro deux semble être restée au stade de projet car elle n’a jamais été éditée.
Ouvrage collectif édité sous la direction de Nakasone Genwa 仲宗根源和 avec la participation de « Shôtô 松濤  » (pseudo littéraire de Funakoshi Gichin 富名腰(船越)義珍), Mabuni Kenwa 摩文仁賢和、Motobu Chōki 本部朝基、Tōyama Kanken 親泊(遠山)寛賢 qui signe sous son nom d’origine : Oyadamari 親泊 et d’autres personnalités okinawïennes résidentes dans la capitale japonaise: Tokyō.     Maison d’édition karatedô kenkyūsha 空手研究社 Adresse: 東京市下谷区谷中清水町20 203 Shimizuchō Yanaka Shitayaku Tokyo-shi ; imprimerie  » Kôdôkan / 興道館 »

1936 – Bien que travaillant toujours à Tôkyô 東京 Nakasone Genwa 仲宗根源和 assiste à Naha 那覇 à une importante réunion avec les maîtres okinawïens de karaté : Shiroma  (Gusukuma) Shinpan 城間真繁, Chitose kōchyoku千歳強直 ⇒ et non pas Maeshiro Choryo 真栄城朝亮 comme souvent indiqué par erreur) , Chibana Chōshin 知花 朝信, Kyan Chōtoku 喜屋武朝, Yabu Kentsū 屋部 憲通, Hanagusuku Chōmo 花城長茂 et Miyagi Chōjun 宮城長順 (voir fig. 0208 de la page:  » Le karaté : des appellations successives à travers les âges « ) Certaines sources indiquent que ce serait à son instigation que cette réunion a eu lieu. En tout cas elle fera date et permettra de favoriser une certaine unité d’action pour la reconnaissance du karaté en tant que composant intrinsèque de la culture okinawaïenne.
Que Nakasone Genwa 仲宗根源和 ait pris l’initiative de cette réunion n’est pas surprenant, étant donné son passé de cadre politique, rompu aux méthodes d’organisation et de gestion, et du fait qu’il avait étudié dans la célèbre école : l’Okinawa Shihan Gakō / 沖縄師範学校 dont étaient issus d’autres membres de cette assemblée martiale. Il ne faut pas oublier non plus qu’il était également un farouche indépendantiste, il luttait pour la sauvegarde des traditions et de la culture de l’archipel des Ryûkyû. Certes il semble porter en lui une ambivalence assez paradoxale qui s’exprime parfois au travers de ses écrits. Et on se demande si le fait d’être à la fois de petite noblesse et communiste, n’ait pas dénoté dans cette assemblée largement réactionnaire ? Et bien il semble que non… et que personne ne s’en soit senti incommodé, du moins, si cela a été le cas il n’en reste, à ma connaissance,  pas de traces.

1937 – il rédige et fait éditer un ouvrage «  karaté no hanashi, risô teki taiiku, gôshin, rentanhô 空手の話 理想的体育・護身・錬膽法 » → « Histoires sur le karaté : éducation physique idéale, self-défense et formation mentale » (traduction approximative) de la maison d’édition Shinanshâ 指南社
dont les chapitres sont les suivants (re-traduction approximative ) :

№1 – karaté wo manabé ⇒ 空手を學べ ⇒ Apprend le karaté ! 
№2 – muichi motsuchū mujinzô hana ari rôdaï ari ⇒無一物中無盡藏 ⇒ le long titre de ce chapitre incorpore une citation bouddhiste (仏教用語) en vue de se libérer des attachements et des désirs terrestres ⇒ en entier : ⇒ « Tout vient du néant, les fleurs et les paysages enchanteurs  »
№3 – karaté to karaté no mondô ⇒ 唐手と空手の問答 ⇒  » Dialogue sur le karaté de la main vide (空手) et le karaté de la main chinoise (唐手)  » 
№◇A– Rikukaïgun shôsei to karatédô 陸海軍將星と空手道 ⇒  » Le karaté au sein de l’élite de l’armée (armée de terre陸 et marine海)  » 
№4 – Karaté wo manabu mono no kokorogaké 空手を學ぶ者の心掛 ⇒ « Quelques principes à retenir avant de se lancer dans la pratique du karaté » 
№◇B – Kano Jigoro senseï to karatédô 加納治五郎先生と空手道 ⇒ Le karatédô et le maître Kanô Jigorô 嘉納治五郎 (fondateur du judô) 
№5 – Karatédô no genseï oyobi shoraï narabi ni okinawaken karatédô shinkô kyoukaï 空手道の現勢及び將來並に沖縄県空手道振興協会 ⇒  » Le karatédo entre présent et avenir – Association préfecturale pour la promotion du karaté  »   
№6 – Karatédô no tanren no hôhô 空手道鍛錬の方法 ⇒  » Méthodes d’exercices du Karatédô » 
№7 – Karatédô no kata to kumité 空手道の型と組手 ⇒  » Kata(s) et kumité du Karatédô « 

Fig.0715  –  Livre :karaté no hanashi, risô teki taiiku, gôshin, rentanhô 空手の話 理想的体育・護身・錬膽法 »
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Toujours au cours de l’année 1937 il participe à la création d’un ouvrage collectif  » Karatédo Taikan 空手道大観  » qui sortira l’année suivante. Ié Chōjo 伊江朝助 ( 1881-1957), Iha Fuyū 伊波普猷 (1876-1947), et bien d’autre Okinawaïens de renom participent ainsi à l’élaboration et à la rédaction de cet important ouvrage des années 30.

1938 – Mois de Mai – Tôkyô 東京 – Nakasone Genwa 仲宗根源和 supervise la publication du  » Karatédo Taikan 空手道大観  » . La maison d’édition Tôkyôtosho 東京図書, est chargée de la publication ainsi que de celle de son ouvrage « Budô Gokuy monogatari 武道極意物語 » ⇒  » Histoire sur les points essentiels dans les arts martiaux » C’est un livre où il souligne les points essentiels, selon les critères des divers styles martiaux japonais; il en profite habilement pour insérer un chapitre de 10 pages sur le karaté de manière à souligner la provenance okinawaïenne du karatédô…. Nakasoné Genwa 仲宗根源和 est passé maître en stratégie de communication et de développement !

Les chapitres sont les suivants (traduction approximative ) :
№1 – Shinkage ryū no maki 神陰流の卷⇒ Le style Shinkagé. (sabre剣術)
№2 – Bokuden ryū no maki 卜傳流の卷 ⇒ Le style Bokuden. (sabre剣術、lance槍術、jūjutsu 柔術)
№3 – Yagyū ryū no maki 柳生流の卷 ⇒ Le style Yagyu (sabre剣術)
№3 – Ittō ryū no maki 一刀流の卷 ⇒ Le style Ittō ryū (sabre剣術)
№4 – Niten Ichi ryū no maki 二天一流の卷 ⇒ Le style Niten Ichi (sabre剣術)
№5 – Jikishinkage ryū no maki 直心影流の卷 ⇒ Le style Jikishinkage (sabre剣術)
№6 – Muryoku ryū no maki 無力流の卷 ⇒ Le style Muryoku (sabre剣術)
№7 – Hokushin Ittō ryū no maki 北辰一刀流の卷 ⇒ Le style Hokushin Ittō (sabre剣術 hallebarde 薙刀術)
№8 – Shingyôtô ryū no maki 心形刀流の卷 ⇒ Le style Shingyôtô (voire Shinkeitô) (sabre剣術)
№9 – Kyôshinmeichi ryū no maki 鏡新明智流の卷 ⇒ Le style Kyôshinmeichi (sabre剣術, masse d’armes 契木術)
№10 – Kôbusho no maki 講武所の卷 ⇒ La salle d’armes Kôbusho (sabre剣術, jūjutsu 柔術, armes à feu 砲術, etc)
№11 – Jūjutsu Judô no maki 柔術柔道の卷 ⇒ Jūjutsu et Judô.
№12 – Mumei tatsujin no maki 無名達人の卷 ⇒ Le chapître des maîtres inconnus.
№13 – Syo ryū no maki 諸流名人達人の卷 ⇒ Le chapître des maîtres n’appartenant pas un style particulier.
№14 – Karatédô no maki 空手道の卷 ⇒ Karatédô.  Traduction :© Christian Faurillon.  
№15 – Shindō Munen ryū no maki 神道無念流の卷 ⇒ Le style Shindō Munen

Fig.0714  –  Livre : « Budô Gokuy monogatari 武道極意物語 » ⇒  » Histoire sur les points essentiels dans les arts martiaux » .
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1940 – Accompagné du maître Mabuni Kenwa 摩文仁賢和 , il rédige la majeure partie de l’ouvrage : Kôbô kempô Karatédô Nyūmon 攻防拳法空手道入門 connu également sous le titre suivant : Karaté jutsu Kyôhan 空手術教範 . Maison d’édition (librairie) Kyôbunsha Shoten 京文社書店 de Tôkyô 東京

1941 – Depuis le 7 décembre, la guerre du Pacifique est engagée avec succès par les troupes impériales et l’attaque des bases américaines de Pearl Harbor. C’est en cette année qu’il refait surface à Okinawa où il est élu député au parlement régional 沖縄県会議員.

1945 – Il parvient à survivre lors des sanglants combats (1er avril – 22 juin 1945) qui opposent les troupes américaines à l’armée impériale et qui se déroule sur le sol d’Okinawa faisant parmi la population plus de 200.000 victimes.
On le retrouve interné dans un des immenses camps de toiles créés par les Américains où sont regroupés les civiles.

Fig.0720 –  Entrée du camp d’Ishikawa 石川歴史民俗資料館より。 (C’est dans ce même camp que le maître Kyan Chōtoku 喜屋武朝徳 décédera de malnutrition)

La préfecture d’Okinawa sous occupation armée, est dans un premier temps, placée sous administration militaire puis dans un deuxième temps elle le sera sous administration civile américaine et cela jusqu’en 1972.
Une assemblée consultative okinawaïenne est créé :  » l’Okinawa shijyun kaï 沖縄諮詢会 » , il est désigné pour y siéger.  Sur la photo ci-dessous, il est debout au deuxième rang (chemise blanche et lunettes) ↓

Fig.0710 –  Assemblée consultative okinawaïenne . 1945 – Adresse du lieu de la première réunion où a été prise cette photographie : 22-5 ishikawa Uruma-shi Okinawa-ken 〒904-1106 うるま市石川 22-5 . Source : archives de la préfecture d’Okinawa 『軍政期の写真・スライド』より 【0000036621】Et une photo prise au même endroit  ↓

   

Fig 0718 et 0719 –  73 ans après la bicoque est toujours debout. Elle avait été choisie pour l’unique raison que c’était l’une des rares habitations du secteur à ne pas voir été détruites pendants les furieux combats de la bataille d’Okinawa. 

1946 – Avril – Un gouvernement civile est créé de toutes pièces Okinawa Minseïfu 沖縄民政府, il est également désigné d’office pour y siéger.

1947 – Juin – Il essaye de devenir député du premier parti politique d’après guerre :  » l’Okinawa Minshudômei 沖縄民主同盟  » (1947-1950) mais il est battu aux élections 議員選挙 par un autre représentant de ce parti.    karatehistorique.wordpress.com

1949 – 30 décembre – En temps que membre du parti Okinawa Minshudômei 沖縄民主同盟 il rencontre en compagnie du journaliste et homme politique Kamejirō Senaga 瀬長亀次郎 (1907 -2001) – futur maire de Naha 那覇, le major-général américain Josef Robert Sheetz (1895-1992) pour demander un assouplissement de la politique d’occupation, de donner plus de place au débat démocratique, la possibilité de créer des syndicats et la possibilité de pouvoir élire un préfet.

1951 – 1er juin – il traite d’un sujet qui le tient à cœur ; l’indépendance politique, économique et culturelle de l’archipel des Ryûkyû 琉球独立論 il l’écrit pour le magazine : « Ryûkyû Kezaï 琉球経済 »⇒  » l’Économie des Ryûkyû  » et dans le cadre d’un « close-up  » intitulé : « Ryûkyû Kizoku Ron 琉球帰属論 » que l’on peut traduire par ⇒ « débat sur l’identité Ryûkyûienne « 

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Les pancartes placardées devant le porche d’entrée des bases U.S. signalaient :  » ‘interdiction aux citoyens okinawïens d’entrée dans la base » une anecdote raconte qu ‘il aurait fait placarder les suivantes sur le grillage de ces mêmes bases ⇒  » interdiction aux citoyens américains de sortir de la base »
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1953 – Mois de janvier – Il écrit pour un magazine de Tôkyô denommé : « OKINAWA おきなわ  » , un article intitulé :  » Uchinawa nu hanashi ウチナー・ヌ・ハナシ  » ⇒ qui peut se traduire dans le contexte par  » parlons d’Okinawa » Le titre est provocateur car il est écrit en dialecte d’Okinawa. Dialecte qui avait été interdit de pratique par les autorités japonaises.
Au mois de mars il écrit une critique politique éditée par la maison Ryûkyû Hyôron Sha 琉球評論社 dont le titre est le suivant : « Seitô wo sabaku 政党を裁く » traduction approximative ⇒  » Les partis politiques en jugement « 

Fig.0709 – En partant de la droite : Nakasone Genwa 仲宗根 源和 (1895-1978), Ôgimi Chôtoku 大宜味朝徳 (1897– 1977), Kaneshi Saïchi 兼次 佐一 (1909-1998) et Senaga Kamejirō 瀬長亀次郎 (1907-2001) ; tous hommes politiques — Prise de vue début des années 50 – 琉文二十一より。

1955 – Mois de janvier – Nakasone Genwa 仲宗根源和 fonde une société de journalisme et de critique littéraire (nom inconnu ?) et publie une brochure « Hyōron syū – Seikaï shindan sho 評論集・政界診断書 » ⇒ qui peut se traduire par :  » Monde politique : le diagnostic  » . En avril il publie un article au titre évocateur et indépendantiste :  » Okinawa kara Ryûkyû hé 沖縄から琉球へ  » ⇒  » d’Okinawa aux Ryûkyû « (dans le sens explicite de : « retour au bercail ») . Au mois de juin il publie un article intitulé  » Wadaï 話題 » ⇒  » Sujet » et un article concernant le karaté et titré :  » karaté Zatsuwa   空手雑話  » ⇒ «  cliché (fugace) sur le karaté » Impliquant l’auteur, Nakasoné Genwa 仲宗根源和 dans une conversation imaginaire et entre amis 友を語るとして「桑江朝幸君」を書いている avec le politicien Kuwaé Chōkō 桑江朝幸 (1918-1993). Il publie ensuite plusieurs articles concernant la culture et les traditions des îles Ryûkyû.

Fig.0713. Son ouvrage : 政界診断書   » Monde politique : le diagnostic » 

1973 – Après 1955 son parcours n’est guère visible, il faut attendre cette année 1973 pour retrouver sa trace, il écrit un article dans le magazine : Gekkan Okinawa sha 月刊沖縄社 qui s’intitule :  » Okinawa kara Ryûkyû hé Bégunsei konranki no seiji jiken shi 沖縄から琉球へ 米軍政混乱期の政治事件史 » qui peut se traduire par ⇒  » D’Okinawa aux Ryûkyû : Histoire des troubles politiques occasionnés par la gouvernance militaire de l’armée des U.S.A. »

Fig-0716- Livres : Okinawa kara Ryûkyû hé Bégunsei konranki no seiji jiken shi 沖縄から琉球へ 米軍政混乱期の政治事件史 (éditions différentes).

1978 – Nakasoné Genwa 仲宗根源和 décède le 18 octobre 1978 à l’âge de 83 ans.
Au cours de sa vie mouvementée il aura été marié trois fois mais ne laissera aucun descendant.

Épilogue :
Possédant une grande puissance de travail et ayant acquis très vite les subtilités du Japonais littéraire; ce qui n’était pas le cas de beaucoup d’Okinawiens qui débarquaient au Japon et qui ne parlaient qu’un dialecte incompréhensible pour les japonais, il va mettre son talent, ses capacités et ses relations au service de nombreux compatriotes notamment de maîtres de karaté dont il a grandement facilité la parution d’ouvrages spécialisés.

— Bien que souvent eux mêmes lettrés, les maîtres okinawïens de karaté de l’époque ne parlaient ni n’écrivaient le japonais avec son aisance. Cela était particulièrement visible lors de leurs premières années passées sur le sol nippon, en outre ils avaient souvent un fort accent sentant bon les colonies, tel Motobu Chōki 本部 朝基 qui n’arrivera jamais à corriger le sien ni même à parler un japonais de niveau correct. ils se sentaient eux mêmes en décalage et comme des étrangers en territoire inconnu et ils n’étaient pas toujours au fait des innombrables subtilités de la raffinée culture Japonaise (*)  Culture japonaise fort différente de celle de l’archipel des Ryûkyû.

Cela pouvait déboucher quelquefois sur des impaires comme celui occasionné par le maître Mabuni Kenwa 摩文仁賢和 choisissant le design de la fleur de chrysanthème 菊の御紋 dont l’usage est réservé à la famille impériale, pour créer le premier logo en date du style Shito-ryū 糸東流 , avant de se voir très certainement « invité  » à y renoncer le plus rapidement possible et du même coup de repenser le choix d’un motif plus orthodoxe pour la création d’un second logo. Ce second logo est encore actuellement le logo officiel du style Shito-ryū 糸東流.

(*) Il était de notoriété que de nombreux Japonais méprisaient les Okinawaïens et les considéraient comme des citoyens de deuxième catégorie. Le bon côté de la chose, s’y on peut s’exprimer ainsi… c’est que la petite communauté Okinawïenne affichait une très grande solidarité entre ses membres. Il est vrai que cette solidarité était déjà solidement ancrée dans leur culture d’origine.

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L’histoire du karaté Okinawaïen  沖縄空手の歴史 Christian Faurillon -フォーリヨン・クリスチャン ©2015

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