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Année 2018; le japon n’est plus vraiment de l’autre côté de la planète, nous n’en sommes moins, séparés par des kilomètres qui se comptent par milliers que par la monotonie de quelques heures passées, affalés dans le siège d’un avion de ligne. Avion dont les billets sont devenus abordables pour un nombre croissant de pratiquants .

Les temps ont changé et ils continueront bien évidement de changer. La technologie a changé, elle a évolué, les comportements ont également évolué et pour ce qui concerne ces derniers, il va de soi que ce n’est pas uniquement d’une manière positive… Cela reste d’autant plus visible actuellement du fait que le nombre de pratiquants de karaté, venant au Japon est exponentiel.

Sans avoir besoin de remonter à un âge biblique, les premiers pratiquants à réaliser le voyage, venaient un peu à tâtons et bien souvent en solitaire. Puis est venue l’époque des stages effectués en groupe. Ces stages qui étaient peu nombreux il a y encore quelques années , sont devenus beaucoup plus fréquents. Maintenant nous assistons à un phénomène assez impressionnant qui émerge et que l’on peut désigner sous l’appellation hybride de  » tourisme martial  » Un groupe donné voit le maximum de choses en un minimum de temps. C’est normal, cela fait naturellement partie de la logique qui découle du concept, concept qui n’a rien de péjoratif en lui-même.

Si il y a beaucoup de choses qui évoluent au Japon, certains paramètres culturels restent stables. Parmi ces paramètres on peut citer : la tradition, la culture, les rites et la POLITESSE..

La politesse à la japonaise 礼儀・作法 (Reïgi Sahō) :
Même si cette dernière peut sembler actuellement moins formelle , elle est toujours aussi présente au coeur de la société japonaise et particulièrement vivace dans celui des arts martiaux.

La définition de la politesse généralement admise est la suivante : «  un ensemble de règles qui régissent le comportement à adopter dans une société donnée«  ; en l’occurrence si vous venez au Japon ; c’est la politesse japonaise qui est censée être appliquée.

En France, les pratiquants d’arts martiaux se sont familiarisés avec la politesse basique propre à leur discipline par le biais du dōjō qu’ils fréquentent, il me parait donc inutile de m’attarder sur celle qu’on pratique en France. Cependant, il me semble indispensable de souligner les points importants sur celle en vigueur dans le dōjō nippon; du moins dans celui qui la respecte tel que le cadre de la tradition l’impose ; c’est à dire dans la majorité des cas.

À ce sujet, il est toujours bon de rappeler qu’un comportement inadapté peut porter atteinte à l’image que vous laissez de vous mais…. PAS UNIQUEMENT , il peut également porter durablement préjudice à ceux qui sont censés venir après vous en vertu de l’assertion suivante « rien ne ressemble plus à un karatéka occidental qu’un autre karatéka occidental  » …de surcroît aux yeux d’un maître asiatique.

L’altruisme ne doit pas rester un terme vide de sens ni même une notion obsolète.

À travers cette soif d’approche, de savoir , de connaissance et parfois de reconnaissance; certains comportements inadaptés et certaines aptitudes répréhensibles, dont n’ont pas toujours conscient les pratiquants qui les commettent, peuvent se produire et déboucher sur des frustrations et des malentendus culturels.

Phénomènes dont les effets collatéraux ne sont pas toujours correctement évalués. Et cela non uniquement par les pratiquants étrangers mais également par les maîtres Japonais eux-mêmes. Du moins sur le moment.  La principale raison en est, selon moi, que sur leur sol, certains maîtres,  ont eu trop, ou ont encore trop tendance à adapter leur aptitude vis à vis à l’étranger, aux étrangers . Étrangers avec lesquels ils sont en contact pour bien souvent que quelques jours voire quelques semaines seulement. Et cela avec le risque, bien réel de dénaturer une partie de l’héritage moral (et parfois, mais plus rarement, technique) dont ils sont dépositaires.

Pour faciliter la compréhension de ce mécanisme, de cette démarche qui se veut  » adaptatrice  » les facteurs qui le composent doivent être aux préalablement cités, si ce n’est analysés.  Car si cette démarche se veut au demeurant conciliante, louable, elle peut très vite se révéler perverse dans sa finalité.

Ci dessous exposés, les facteurs qui, au cours d’un stage peuvent fausser –1) la perception que vous, vous penser en retirer et – 2) celle que vous aller laisser de vous au maître des lieux.

Ces différents facteurs sont grosso-modo au nombre de quatre :

№1 – En première position vient d’emblée le facteur de la barrière dû aux difficultés de la langue qui sans jeu de mots… se passe de tout commentaire…
№2 – En deuxième position, moins visible mais beaucoup plus redoutable se trouve la barrière culturelle. Cette barrière culturelle qui poussent logiquement les maîtres à être plus sévères avec un élève japonais, en l’occurrence le leur, japonais, censé connaître les règles en vigueur dans la société qui l’a vu naître, qu’avec un élève occidental occasionnel qui lui n’est pas censé connaître ces règles et encore moins les maîtriser.
№3 – En troisième position arrive un facteur quasiment tabou mais qui n’a aucune raison de l’être; je veux parler du facteur économique, même si les maîtres ne peuvent faire de leur enseignement que rarement une source de richesse, ni d’ailleurs une source suffisante de revenus pour arriver à en vivre (des exceptions existent) ils peuvent cependant en tirer quelques profits financiers. Ce phénomène, n’est à mes yeux , nullement répréhensible car rien dans ce monde n’est vraiment gratuit et il faut faire la part des choses.  Et comme le rappelle si bien une règle de marketing connue :  » Si c’est gratuit , c’est que c’est vous le produit « …
№4 – En quatrième position arrive le facteur  » prestige » ce prestige légitime que le maître acquière en enseignant à des pratiquants qui ont fait des milliers de kilomètres pour assister à un enseignement qui se veut de qualité.

Il ne faut donc pas s’étonner, outre mesure, si les maîtres appliquent les lois du marché.  Marché qui consiste à adapter l’offre à la demande.   TOUTEFOIS (en gras…), il ne faut jamais perdre de vue que ce n’est pas parce que vous avez réglé rubis sur ongle votre petite cotisation ou les frais du stage, que cela fait de vous un client roi, ni même un sujet du royaume…

”時宜によるべし”

– De la difficulté de trouver un équilibre entre deux mondes bien trop différents pour s’ignorer

Ce qui sous-entend ceci :
—- Ce n’est pas parce qu’on vous laisse une certaine liberté comportementale que celle-ci est obligatoirement appréciée —- Donc n’en abusez pas car cela pourrait entraîner une réaction négative qui aurait pour résultat de fausser le bénéfice technique et humain que vous êtes en droit pouvoir et vouloir retirer de vos échanges d’avec le ou les maîtres avec lesquels vous êtes en rapports. Sans compter que vous pouvez vous attirer un profond mépris généralement très bien dissimulé par la spécificité culturelle de l’éducation japonaise dans laquelle ils ont été élevés.

Pour résumer ; de tous les malentendus qui peuvent naître , la plus grande tension provient du MANQUE DE POLITESSE ou de sa MAUVAISE APPLICATION.

Cette situation peut être évitée si certaines précautions sont prises.

À cet effet, voici un florilège de règles susceptibles de vous donner une idée de ce qu’elles impliquent. J’évite de mentionner les cas les plus basiques tels ceux du salut que tout pratiquant est censé connaître et appliquer.  

■ Tradition – Les règles de politesse à respecter dans un dōjō japonais : 

■ Règle №1
Un maître ⇒  (*1 – voire définition du mot en bas de page) de karaté japonais ne vous tiendra pas rigueur du fait que vous faite une erreur par contre il vous tiendra rigueur de ne pas faire d’effort pour essayer de la corriger.  Rien de bien nouveau ni d’original cependant cette règle n’est pas toujours respectée par les contrevenants —- Dans cette description, il y a ceux qui vont se reconnaître et ceux qui ne se reconnaîtrons peut être pas. Ce sont ces derniers qui doivent être les plus attentifs…

■ Règle №2
Ce n’est pas parce qu ‘un maître ne dit pas «  NON !  » (*2 bas de page) explicitement qu’il accepte tout et n’importe quoi.  Et oui tout ceci est compliqué… mais ça porte un nom : la différence culturelle. Vous venez au Japon, c’est à vous de faire des efforts pour vous plier aux règles, encore faut-il les connaître; de là la rédaction de cet article —- pour ce qui concerne la politesse japonaise 礼儀・作法 en usage au quotidien et hors notre cas spécifique des arts martiaux, le net regorge de blogs et de sites qui vous en font une parfaite description, n’hésitez pas à les consulter.

■ Règle №3
La familiarité doit être réservée à la famille… (et encore ça se discute)…. le maître n’est pas  » UN COPAIN « .. Ok ?!  Gardez vos distances.  Une distance de bon aloi et le respect doivent être pour vous une seconde nature. Ce qui proscrit, de facto:
A- les claques dans le dos,
B- les blagues douteuses,
C- les gros rires prolongés et bien gras,
D- de vous croire obliger de l’appeler pas son prénom,
E- de lui couper la parole,
F- de se croire chez lui comme chez vous.

■ Règle №4  qui n’est que le prolongement de la Règle №3 :
Sont à prohiber; le mitraillage photographique et les selfies ravageurs. En règle générale on ne se permet pas de prendre une photo, d’un dōjō, d’un maître sans en avoir au préalable:
1) demandé la permission et… 2) l’avoir obtenu … —— Pour ce qui concerne les photographies prisent avec un maître si vous êtes seul sur la photo avec le maître arrangez-vous pour vous positionner à sa droite. en clair il doit se trouver à votre gauche quand vous êtes face à l’appareil. Le côté gauche est le côté noble; la place d’honneur. En groupe, arrangez-vous pour qu’il soit au centre. Et surtout ne pas oublier que ce n’est parce que vous êtes pris en photo en compagnie du maître que cela fait de vous un de ses disciples... Si vous ne faites pas la différence, et bien je peux vous assurer qu’eux, ils la font…

■ Règle №5
On ne répond pas par « Os ! ⇒ 押忍(おす、おっす) » voire «  Ossssss !  » Même si certains dōjō(s) , voire styles s’en sont fait une spécialité . Ce « Os » est considéré dans la société japonaise traditionnelle comme étant extrêmement vulgaire et l’employer et le signe d’une (très) mauvaise éducation. Que des Japonais s’y laissent aller, ce n’est pas votre problème mais évitez, vous, de tomber dans le piège. Le terme correct pour répondre au maître est « Haï →はい  » même si vous ne comprenez pas le sens de ce qu’il vous dit, cela montre au moins que vous avez entendu et que vous êtes attentif.

■ Règle №6
Quand le maître s’adresse à vous  : 1) on ne croise pas les bras 2) on ne met pas les mains sur les hanches 3) on ne se dandine pas.

■ Règle №7
On ne coupe pas le passage au maître , on passe derrière lui, jamais devant.

■ Règle №8
La tenue débraillée ou négligée est prohibée ainsi que les keikogi(s) / karatégi(s) bariolés voire chatoyants.
En règle général, un keikogi doit être considéré à la manière d’un bleu de travail, il est fait pour travailler pas pour briller. Ce n’est pas non plus un placard publicitaire vous êtes un karatéka pas un homme-sandwich.
Le keikogi peut être accessoirement :
1) taché (*3 bas de page) mais toujours lavé de frais et ne jamais sentir mauvais (ce qui n’a pas été toujours la règle mais qui l’est devenue) —
2) il peut être légèrement usé et élimé mais ne doit jamais être porté déchiré.  Les trous , les déchirures , particulièrement celles aux genoux sont à proscrire —- En prévoir au minimum deux, voir trois pour le roulement des entraînements.
3) on n’en retrousse pas les manches même quand il fait chaud.
4) Pour les hommes, on évite de mettre un T shirt dessous même quand il fait froid.

■ Règle №9
Idem pour la ceinture qu’il ne faut pas confondre avec une carte de visite ou la légion d’honneur… Elle ne doit être ni trop courte ni trop longue et les deux extrémités doivent pendre à la même longueur. Dans certains dōjō(s) la politesse oblige les nouveaux arrivant à ceindre une ceinture blanche. Cela sans aucune considération pour le présent grade (au demeurant le vôtre ) ; cela s’appelle l’humilité, elle vous grandit plus que la ceinture ne peut le faire.
Malgré ce que l’on en laisse entendre: sur le sol nippon la mode des ceintures râpées est loin d’être la règle générale ; de tous les grands maîtres que j’ai approché, aucun n’exhibait un monceau de lambeaux autour de sa taille.  ils changeaient de ceinture dès qu’elle perdait trop sa couleur ou s’effilochait.

■ Règle №10
Même en cas de problèmes articulaires ou de blessures « ASSIS  » ne veut pas dire « couché » ou  « vautré « et « stage « ne veux pas dire « vacances » du moins dans l’enceinte d’un dōjō.  Les chambranles et les murs ne sont pas fait pour vous soutenir physiquement et ils n’ont pas la vocation à devenir des béquilles, des tuteurs ou des attelles.

■ Règle №11
On demande la permission; on ne s’impose pas — Dans la plus pure tradition un élève n’a aucun droit à formuler il n’a que des devoirs à accomplir et ce n’est pas parce que qu’on ne vous fait pas remarquer que vous n’êtes pas toujours le bienvenu que vous êtes forcément toujours le bienvenu.

■ Règle №12
On ne quitte pas un cours sans autorisation avant qu’il ne soit terminé même… pour aller aux W.C.

■ Règle №13
Les miroirs installés dans les dōjō(s) ne sont pas fait pour faire admirer les contours de votre plastique parfaite et les vestiaires pour étaler votre anatomie dans les moindres détails.

■ Règle №14
Les armes de kobudō du dōjō ne sont pas des gadgets, on ne touche pas, on ne tripote pas et on ne soupèse pas sans l’autorisation du maître des lieux.  Idem pour les instruments et objets qui se trouvent dans et au dehors du dōjō.

■ Règle №15
Quand on rentre dans un dōjō on range ses chaussures, tout du moins on les aligne dans l’ordre et correctement de façon à ce que le bout pointe en direction de la sortie.

■ Règle №16
On prend ses précautions pour arriver avant que le cours ne commence et non pas après qu’il a commencé même si pour cela on doit attendre à l’extérieur.  フォーリヨン クリスチャン

■ Règle №17
On n’offre pas, même un tout petit cadeau, sans qu’il soit convenablement enveloppé et on évite d’acheter un peu au hasard le premier venu dans le magasin d’à côté….. Et surtout on ne le tend pas négligemment d’une main mais on l’offre fermement des deux. Idem si le maître vous tend un papier, un objet, une arme, un diplôme, une ceinture, etc. recevez-le, ou recevez-la toujours des deux mains.

■ Règle №18
Veuillez vous reporter à la règle №1

À méditer :
■ Déjà que même en étant attentif il est parfois difficile d’appliquer correctement toutes ces règles avec alors imaginez si vous relâchez votre attention.

■ Quelques-unes de ces règles sont tellement évidentes que l’on se demande ce qu’elles font là et bien pour être franc…Si elles sont là c’est qu’elles ne sont pas évidentes pour tout le monde.

■ Si vous ne trouvez pas plus de 18 règles recensées dans cet article c’est uniquement dans le souci de ne pas vous effrayer.

(*1) Comme il est d’usage j’emploie, comme tout le monde, le terme  » maître » pour faciliter la compréhension d’un article, tout comme j’emploie « art martial  » pour parler de technique de combat voire d’une discipline martiale en usage en Asie, en général et au Japon en particulier —- L’appellation couramment employée en français pour désigner un  » enseignant de karatéMAÎTRE  » n’a pas la même teneur sémantique que le mot couramment employé en japonais ne peut le faire et surtout,  celui-ci n’ose pas s’aventurer aussi loin… En japonais on parle de « Senseï ⇒ 先生  » qui signifie tout simplement : professeur et non pas : MAÎTRE. L’ensemble des caractères qui forment le mot sont au nombre de deux et ainsi accouplés ils donnent, en gros, la signification littérale suivante: celui qui est  né 生 avant 先. Ce terme de « professeur  » s’applique à n’importe quel enseignant que ce soit de piano, de tricot, de combat, d’anglais, de jeux vidéo, etc.

Pour éviter des malentendus (encore !) le terme « Maître » , tel que je l’emploie, et uniquement par facilité, ne signifie donc pas : SAINT , DIEU , ÊTRE SUPÉRIEUR ,etc … Nous avons affaire à des hommes. Des hommes tâtonnant comme nous dans l’obscurité pour essayer de trouver des réponses. La différence d’avec nous, vient du fait qu’ils ont le mérite d’avoir avant nous, techniquement et talentueusement travaillé fort longtemps sur elles et dans un cadre particulier; le leur. De les avoir certainement mieux formulé, et également par le fait que certains d’entre eux ont réussi à en entrevoir des nouvelles, voire à ne plus essayer de s’en poser d’inutiles.
Que cette démarche puisse être également ou éventuellement spirituelle ne change rien à ce que je viens d’écrire. Merci pour eux de ne pas les élever au rang de divinités; ils ne le demandent pas, tel n’est pas leur désire profond (si vous trouvez une exception c’est qu’elle est là pour confirmer ce que je viens de souligner)

(*2)  À savoir :  1) le sourire ou le rire peuvent servir à décliner poliment et avec tact une demande à laquelle il n’est pas possible de répondre positivement 2) Le silence est une forme d’expression également largement usitée.

(*3) exemple assez fréquent en entraînement avec des armes de kobudō; éventuellement par des traces laissées par de la rouille ou de l’huile. Pour pallier à cet inconvénient les kobudōka(s) portent souvent une veste de kekogi de couleur foncée voire carrément noire —

■ C’est article a vu le jour suite à des entretiens récurrents avec plusieurs d’entre eux . De fait c’est un peu à contre coeur que je me suis décidé de l’écrire; Ben oui quoi , franchement, de quoi je me mêle ?! et suis-je si parfait pour me le permettre?! ...

Si certains de ceux qui lisent ces lignes en font bon usage, alors elles auront eu le mérite de servir à quelque chose.

Christian Faurillon – Okinawa – juin 2018

En complément, consulter la page : Culture & arts martiaux – Introduction au silence de l’action – Go Rin No Sho et Hagakure.

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À l’intention des visiteurs indélicats. 
Les articles de ce blog n’ont pas vocation à être la cible de pillages numériques intempestifs et de copié-collés sauvages.  
Vous pouvez bien évidement vous inspirez des contenus, vous y référer même, sans pour autant vous adonner aux pillages du travail exposé sur ces modestes pages.
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L’histoire du karaté Okinawaïen  沖縄空手の歴史 Christian Faurillon -フォーリヨン・クリスチャン ©2015
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