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Naha : petit village portuaire de l’île d’ Ukishima

À l’origine, Naha 那覇 n’était qu’un village portuaire construit sur une toute petite île de l’embouchure de la rivière Kokuba 国場川 . Le port de Naha 那覇港 deviendra le port du trafic commercial intense pas excellence et cela grâce à un avantage que le port de Tomari 泊港 ne possédait pas , celui primordial de la profondeur de ses eaux. Elles se situaient entre 20 et 30 mètres, permettant ainsi l’accostage et l’amarrage des grandes jonques de commerce. Ce n’est qu’ en 1451 qu’un remblai de pierres et de terre  » Chōkōtei  » ( Japonais :長虹堤 Chinois :长虹 堤  / fig. 028) long d’environ un kilomètre et large de cinq mètres , fut érigé pour relier l’île à la terre. (voir la carte)

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Fig.0022 Cliquer pour agrandir ↑

Pour être, historiquement logique, le Naha-té 那覇手devrait s’appeler le kume-té ou le kuminda-té, du nom de la bourgade de Kumé 久米 ( Kunida クニンダ en Okinawaïen ) qui à l’époque n’était qu’un village du rivage peu éloigné de Naha 那覇市. Actuellement, kumé est un quartier de la ville de Naha 那覇 qui est elle-même devenue, la capitale préfecture de l’île d’Okinawa (principale île de l’ancien royaume des Ryûkyû) . À l’époque où les historiens ont fait surgir les appellations pragmatiques de Shuri-té, Naha-té et Tomari-té , la ville de Naha avait absorbée depuis fort longtemps le village de Kumé. L’un expliquant l’autre, les appellations sont donc telles quelles.

Le développement du village de Kumé.
C’est en 1392 près des rivages de la mer de Chine, aux alentours du port de Naha 那覇港, sur un terrain cédé gracieusement par le souverain des Ryûkyû , que se développera la communauté Chinoise de Kumé 久米 et où elle bâtira un solide village du même nom aux couleurs et senteurs de l’empire du milieu. Les Chinois eux, l’appelaient « Tōei « 唐栄 ou bien encore la surnommaient  » Chumeifu  » 朱明府 en respect à l’autorité de leur vénéré empereur de la dynastie Ming 明朝. Cette communauté était formée de; quelques expatriées volontaires, d’une majorité d’érudits fonctionnaires et d’artisans chinois envoyés par le gouvernement impérial de la dynastie Ming 明朝. Elle avait pour mission de fournir une assistance technique, scientifique et éducative afin d’aider au développement de ce pays ami et vassal. Tout cela dans les limites et accords diplomatiques Chino- Ryûkyûïens en vigueur. Les hommes qui composaient cette diaspora étaient des experts dans de multiples domaines tels que: la construction navale, l’astronomie, la navigation, la géomancie , la gestion bureaucratique, la traduction, la rédaction de documents diplomatiques, les arts martiaux, le dessin, la peinture, la littérature, etc.

Le souverain Satto 察度 était conscient de la richesse culturelle qu’impliquait cet  havre de civilisation nouvellement implantée dans l’archipel et il comptait bien en tirer le maximum pour hisser son royaume vers le haut. Il tenait à ce que cette implantation démarre sur de bonnes bases et lui accorda un généreux soutien alimentaire en riz . Ce soutien alimentaire perdura pendant plus de 300 ans. (1392/1729). Acte généreux mais non complètement désintéressé , Le roi Satto 察度 semblait avoir très vite saisi que l’avenir économique de son petit royaume passait par les comptoirs commerciaux du grand frère chinois. Et que grâce à sa condition vassalique, les marchés des royaumes satellites de l’empire du milieu lui seront ainsi accessibles et lui permettront de maximiser son potentiel commercial .

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Fig.0015

L’épisode historique et la chronique relative à l’implantation Chinoise aux Ryûkyû, est connu des Okinawaiens sous le titre de : (Chronique des) « 36 familles de Kumé  » /  Kumei sanjyu roku sei 久米三十六 姓. « 36  » est un nombre subjectif , employé comme valeur arbitraire (que l’on retrouve d’ailleurs dans la langue français avec l’expression :  » Faire trente-six choses à la fois » ) Les historiens s’accordent sur le chiffre de 500 familles ce qui devait faire approximativement entre 1500 et 3000 personnes.

Les Chinois, n’étaient pas les seuls à graviter autour du port de Naha et du village de Kumé ; quelques centaines de Coréens et de Japonais formaient le noyau des résidents étrangers sur le sol des Ryûkyû. La navigation le commerce et la diplomatie, étaient les raisons principales de leur présence en ces lieux.

Dans le contexte asiatique du 14e siècle, les îles Ryûkyû n’étaient pas spécialement « sous-développées  » mais la vie y était dure même pour les nobles. Comparée à celle de leurs voisins Chinois ou Japonais ; ils étaient sensiblement moins riches. Le relief tourmenté des îles n’était pas  vraiment propice aux vastes plantations. Il faudra attendre le début du 17e siècle pour que, grâce à l’importation de la patate douce, culture à cycle court , résistante et prolifique, on arrive à faire sensiblement diminuer le nombre de famines dues aux passages des typons qui ravagent , entre juin et octobre , les cultures de l’archipel. Autre cause, ces famines sont dues, à l’autre extrémité calamiteuse de la contrée : la grande sécheresse. La patate douce d’origine sud-américaine , s’est répandue en Asie du Sud-Est via la Polynésie pour ensuite passer par les comptoirs des Philippines pour finir par arriver en Chine au 11e siècle de là, à Okinawa.

La majorité, des personnes, issue de la communauté de Kumé, était originaire de la province du Fujian 福建 . Le climat, excepté la partie montagneuse, y étant proche de celui du royaume des Ryûkyû, facilitait l’acclimatation des premiers venus. Le Fujian 福建  est situé au sud-est de la Chine . Ce qui ne sera pas sans influence sur les styles pratiqués au sein de la communauté où la boxe du sud sera reine. De la provient l’influence direct de la boxe du sud 南派  exercée sur le Té 手 ancestral pratiqué dans l’agglomération de Naha et de sa proche périphérie. Cette amalgame positif sera dénommée par les historiens le « Naha-té 那覇手 « en rapport avec sa situation géographique ou bien encore (par erreur) » shorei-ryu 昭霊流« pour exprimer une synthèse technique dans son ensemble.

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Fig.0028 Cliquer pour agrandir ↑

Les rapports entre la population locale  町百姓, les couches populaires et cette élite immigrée, ne sont pas bien connues. Aucune chronique ne semble signaler qu’il y aurait eu des frictions particulières et suffisamment sérieuses pour avoir besoin d’être transcrites . Un mur de terre semble avoir été érigé pour délimiter le village de kumé sans préciser si, il avait valeur d’installation à but défensif ou bien climatique (en raison du niveau élevé et cyclique de destructions matérielles des typhons). Nul vestige de ce mur n’a été mis à jour par les archéologues. Christian Faurillon karatehistorique.wordpress.com

La communauté bénéficiait de la protection bienveillante du roi des Ryûkyû , toutes actions belliqueuses auraient été ressentie comme une offense à ce dernier et plus grave encore, un défi lancé à la face de l’empereur de Chine, avec les conséquences tragiques qu’ils en auraient automatiquement découlé pour le royaume. Quoi qu’il en soit Les Ryûkyûïens n’ont jamais été un peuple belliqueux outre mesure et leurs descendants actuels les Okinawaïens sont connus pour leur affabilité. De surcroît cette communauté Chinoise a été un vecteur de prospérité important, et ressentie comme tel, par le petit peuple gravitant autour des activités commerciales et maritimes du royaume. Du fait de leur position sociale ces fonctionnaires impériaux ont du recruter du personnel domestique local pour s’occuper de l’entretient de leur demeure et de leur maisonnée. Des petites mains Ryûkyûïennes 町百姓 centrées sur les travaux domestiques, ont dû bénéficier d’une ressource financière non négligeable  Et comparée à la pauvreté insulaire dont avaient souffert jusqu’à là leurs ancêtres . Plusieurs siècles plus tard les troupes d’occupations américaines n’agiront pas différemment en embauchant à tour de bras des travailleurs et des babysitters pour s’occuper de l’entretient de leurs bases et de leur progéniture. Des liens se sont créés, les insulaires se sont vite aperçus que ceux qui faisaient des efforts pour apprendre la langue bénéficiait d’un emploi assuré et souvent à vie. La confiance naissante, Des liens profonds se sont tissés, des échanges culturels et amicaux ont eu lieux. Pour ce qui concerne  le domaine des arts martiaux , cela a du être un peu plus compliqué car les membres de la communauté ne devaient pas transmettre leur savoir à l’extérieur de leur groupe; il y aura des exceptions;  Higaonna Kanryō  東恩納 寛量 en est une. De là prend racine des styles qui donnerons après polissage, des styles différents de ceux pratiques à Shuri 首里. Ce sera le cas du Goju-Ryu 剛柔流 figure centrale et emblématique du Naha-té, et cela bien avant qu’il ne soit connu sous ce nom moderne.

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Fig.0077-Vue sur l’entrée du port de Naha. Cliquer pour agrandir.

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Fig.0374-Les navires fréquentant le port de Naha (Début du 20e siècle ). Cliquer pour agrandir.

Ce n’est pas parce que il n’y a pas eu de problèmes majeurs de coexistence entre le petit peuple et la communauté de kumé, que les rapports avec les nobles de Shuri, en général et ceux en fonction à la cour en particulier , se soient aussi bien passés. Sous des apparences d’une harmonie de façade, somme toute asiatique , une rivalité feutrée sous-jacente transparaît dans les rapports entre l’autocratie érudite chinoise de kumé ( les « yukatchu  » 良人) et la noblesse de Shuri (les aji 按司). Les premiers , bien que hiérarchiquement inférieurs aux deuxièmes, n’ont pas dû manquer de faire des envieux parmi les nobles issus des vieilles lignées .

Fig.0661- Nobles de Kumé rassemblés pour une fête – Cliché datant de la fin du 19e siècle.

Le niveau d’éducation des résidents fonctionnaires impériaux du village de Kumé était tel, qu’il les fera passer en peu de temps comme diplomates et enseignants au service du gouvernement royal de Shuri et cela malgré qu’ils soient , somme toute, de simples étrangers. Les membres de cette élite « yukatchu « de Kumé seront reconnus de facto comme une sorte de noblesse bureaucratique. Ils seront en poste au château de Shuri 首里城 mais résidant naturels du village de kumé. La situation était la suivante: les « yukatchu 良人  » investissaient culturellement le château de Shuri tout en gardant leurs prérogatives dans l’enceinte de la communauté de Kumé, alors que pour les nobles aji 按司, également en poste au château, la réciproque n’était pas valable, Ils n’avaient pas, à titre particulier, le droit de regard à l’intérieur du mur de terre de la communauté de leur rivaux. On imagine, que sous des apparences feutrées, la lutte d’influence à du être féroce à la cour des suzerains des Ryûkyû. Cette lutte d’influence prendra fin en 1729 quand le gouvernement repris en mains par le parti des aji 按司 mettra fin aux allocations de riz octroyées à la communauté de Kumemura, pour la réserver aux aristocrates de Shuri. Marquant ainsi la suprématie retrouvée des nobles aji 按司 sur leurs rivaux les yukatchu 良人 de Kumé. Si au sein de la gestion du gouvernement cette rivalité vieille de plus de trois siècles a pris fin, entre d’une part, le parti représentant l’agglomération de Kumé-Naha et d’autre part le parti représentant celui de Shuri, elle subsistera plus ou moins, subtilement entre le  Kume-Naha-té 那覇手 et le Shuri-té 首里手. Deux courants qui sont, dans leur approche technique, sensiblement différents.

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Fig.0291- Nobles de Kumé

Au XXe siècle, kumé a perdu son influence et son  » exotisme » Cela est dû en partie: au développement urbain de Naha 那覇, au retour vers la Chine d’une partie de la population trouvant là un moyen d’échapper à la circonscription japonaise,  et au brassage de population. Les anciens descendants d’immigrés se fondant sans aucune difficulté  dans leur nouvelle patrie. De la sorte, Kumé deviendra un quartier presque “quelconque” de la future “capitale-préfecture” d’Okinawa . Un quartier agrémenté de vestiges architecturaux qui seront , comme presque tous les centres urbains de l’île, impitoyablement et irrémédiablement anéantis pas les bombardements américains lors de la bataille « d’Okinawa 沖縄戦 ». La ville de Shuri 首里 sera également absorbée par la gloutonne Naha mais elle, elle gardera toujours, du fait de sa situation géographique et historique une image de noblesse et de majesté,  symbolisant la « ville haute » que l’on opposera par comparaison à celle de Naha « la ville basse »,  la « populaire  » comme si Kumé n’avait été qu ‘une parenthèse éphémère de l’influence chinoise. Influence chinoise qui au cours de l’époque dite « d’avant guerre », ne sera pas toujours bonne à être rappelée à la mémoire nationaliste japonaise.

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L’histoire du karaté Okinawaïen  沖縄空手の歴史 Christian Faurillon -フォーリヨン・クリスチャン ©2015

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