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 Les Noro; les femmes chamanes.

Fig.0689-  Noro(s) carte postale ancienne.

*** Je présente le sujet d’une manière succincte car il demanderait encore un long travail d’approfondissement que je ne tiens pas à entreprendre pour le moment. Premièrement parce qu’il s’éloigne considérablement du thème de cet ouvrage numérique qui est centré sur l’histoire du karaté okinawaïen et deuxièmement parce que je ne suis pas anthropologue.

Cependant, je pense qu’il intéressant de consacrer quelques lignes aux Chamanes des Ryûkyû(s) , du fait qu’elles détenaient une part de pouvoir important et semblaient avoir une influence sur les décisions du souverain, notamment quand celui -ci rentrait en conflit avec un de ses voisins et que ce dernier débouchait sur une guerre, telles, celles nombreuses de la période dite du « Sanzan Jidaï » ; la période des trois royaumes (des trois monts) 三山時代 (1322 -1429).  ©karatehistorique.wordpress.com

Les Noro(s): フォーリヨン クリスチャン
Les anthropologues mentionnent souvent  » l’axe du monde » (axis mundi) pour désigner un lieu  sacré : le centre du monde . plusieurs facteurs me font supposer qu’aux îles ryûkyû(s), il en existe également un (distinct ?) pour le temps :  » l’axe du temps » (sacris tempus) Je citerai ces facteurs plus bas) フォーリヨン クリスチャン

Depuis des temps immémoriaux, les chamanes sont les fidèles gardiennes non seulement des lieux sacrés mais également de ce  » temps sacré » .  Temps sacré, non-linéaire qui transcende les siècles et les générations en les reliant jusqu’aux plus anciens ancêtres divins nés de la lumière光 (selon le mythe). Les concepts de passé, présent et futur s’annihilent, ils ne font plus qu’un.

Des éléments d’ordre spirituel, fermement ancrés dans l’enveloppe charnelle des Noro(s), sont liés à l’ancien culte de la déesse mère, du féminin sacré. Ce culte survit et se propage sur la communauté de par le biais de leur présence physique et « s’anime » lors des nombreux rituels.

Ces chamanes (巫 ) portent selon les régions voire les époques des appellations plus ou moins différentes (voire bas de page) mais elles sont toujours là à entretenir une communication sacrée avec les forces divines de la nature, et à un degré supérieur de l’univers.  ©karatehistorique.wordpress.com

Le culte originel est le culte matriarcal « Amamiku 祖神アマミク » (琉球神道) dont d’important éléments survivent également dans la culture et les traditions okinawïennes.

Les premières chamanes signalées comme telles, semblent être celles dénommées « Nigami / Negami / ネガミ/ ニガミ / ニーガン / 根神 » ⇒ 村落内の各門中 ⇒ les caractères qui composent le nom (根神) sont les suivants : 根racine et 神 divin  ⇒  Racine(s) Divine(s) ↔ Divine(s) Racine(s) ⇒ Elles sont des officiantes au sein des villages (姉妹 ウナイ) d’où elles sont originaires – De la terre (du lieu) et du sang (du clan)-

Selon la tradition historique du royaume des Ryûkyû(s) , c’est le rois Shō En 尚圓 (1415-1476) qui aurait institutionnalisé et hiérarchisé la fonction de chamane. Le terme employé qui sert à designer ces chamanes est  » Noro →ノロ→  » → « Nuru ぬる » en dialecte. Le titre de Noro ノロ le plus élevé dans la hiérarchie 最高位 est : Kikoé Ogimi → 聞得大君 il n’était accordé qu’aux chamanes de sang royal.

la première ainsi, nominativement connue,  se serait prénommée  » Getsu-Sei 月清  » Lune Purifiée (voire Lune Pure) elle portait ce titre officiel de :  » Kikoé Ogimi → 聞得大君 → きこえおおぎみ » voire « Kikoé no Okimi (terme identique mais qui ne prend pas en compte la liaison) → きこえのおおきみ → « チフィウフジンガナシ(聞得大君加那志) C’est le titre officiel de la lignée de Noro(s) qui perdurera jusqu’à la 18e génération.

▣ — Aparté  À savoir : il existe également des hommes chamans 覡・時 mais ils sont moins nombreux, ils ont une origine historique qui semble beaucoup moins ancienne et ils sont généralement considérés comme possédant des pouvoirs spirituels inférieurs à ceux des femmes chamanes (il peut y avoir des exceptions. Exceptions qui confirment la règle; tels les dénommés : « Toki /時 →  Temps » ( chronos voire kairos )  / トキノウフヤク/時之大屋子/  quoi que leurs pouvoir semblent assez restreints comme celui de décider la date, le jour où auront lieu certaines cérémonies. Ils semblent, plus ou moins, avoir secondé les Noro(s).  フォーリヨン クリスチャン

À ce sujet il est intéressant de signaler que le caractère employés pour écrire le terme Toki → , est celui qui est usité pour nommer le  » temps 時 toki ( chronos voire kairos)  » C’est , un de ces facteurs (entres autres) linguistiques se rapportant au « temps 時 » qui m’a fait employé plus haut terme de  » l’axe du temps »  pour désigner le « temps transcendant et sacré » qui imprègne cette communauté de chamanes, qui le prie au même titre que celui de l’axe du monde, – l’axis mundi-  qui est quant à lui,   géographiquement situé  sur l’île sacrée de Kudaka Jima 久高島 ( la clairière sacrée interdite aux hommes 男子禁制  → « Fubō フボー / Kubō クボー  » ) . Le lien cosmique était ravivé cycliquement tous les douze ans au travers de la cérémonie la plus importante du royaume;  la cérémonie «  Izahō イザイホー » フォーリヨン クリスチャン

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Fig.0690-  Une Noro  / 高安六郎/神秘の琉球より 。

Un des caractères employés pour écrire le nom de l’île Kudaka (久高 / kutaka くたか・voire « Hisataka » ひさたか) est le caractère Ku久, (qui se lit également « hissa久 ») On trouve à ce caractère « Ku久↔乆 » une connotation en rapport avec le « temps 時・久 » ; une longue période de temps, et peut se traduire « ésotériquement » par « (cela fait, c’est) longtemps ou (ça fait) un moment » /久し振り » . Il s’emploie d’ailleurs en japonais de cette manière et dans la communication courante :  « hisashiburi しぶり »  例:永久 / 長久.  Le deuxième caractère employé est  » taka 高 » qui veut dire « haut » ce qui est assez surprenant pour appeler ainsi une île aussi plate. Toujours ésoteriquement : « Kudaka » pourrait éventuellement signifier (vous n’êtes pas obliger de me suivre, ça n’engage que (*) moi…) «  l’île du haut et long temps » si les insulaires avaient juste voulu signifier qu’ils habitaient une île relativement longue ; il auraient certainement employés le caractère « naga 長  » caractère qui signifie : long 長い ; comme cela ce fait généralement. De là, mes interrogations.

(*) Pour ce qui concerne le ku 久↔乆・久し de « Kudaka / 久高  » , un historien (Takayasu Rokuro.高安露六郎) penche quant à lui pour l’hypotèse qu’il sagirait en fait d’une signification en rapport avec la « lumiére diurne” 日の光 »   → « 日の光長く指 »  フォーリヨン クリスチャン

« イサヘイョー津堅島と久高島と都舟橋かけて、
津堅島の女童渡ら見欲しやぬイサヘイョー ヤーラシクイクイ »

Fin de l’aparté —-▣ —   

Les Noro-Kikoé Ogimi → 聞得大君
Les Noro(s) officielles : Kikoé Ogimi → 聞得大君 ; les Grandes Prêtresses semblent avoir eu un pouvoir supérieur à la reine ainsi d’ailleurs qu’à n’importe quel autre dignitaire ou prince de sang.  La Noro-Kikoé Ogimi   聞得大君 était le deuxième plus puissant personnage du royaume après le roi 王様は、てだ子→太陽の子 Roi qui est parfois décrit comme « fils du Soleil « . Étant donné le nom attribué à la première Noro ; il n’est pas impossible (*) qu’elle soit en faite désignée comme la « fille de la lune 月 » アガリトトゥウプヌシ→ 太陽の御神様 →  チチヤトトゥウプヌシ→ 月の御神様

(*) Le grand père de maître Funakoshi Gichin 船越 義珍 était un scripte auprès d’une grande prêtresse attachée 聞得大君御殿 au palais royal « Chifuijin Udounato » . Funakoshi Gichin 船越 義珍 reste discret à son sujet, c’est regrettable nous aurions pu avoir accès à une source de premier plan.  ©karatehistorique.wordpress.com

La princesse de sang royal était en outre choisie selon un autre critère. Ce critère est encore bien vivant à notre époque où il touche tous les strates de la société : c’est celui d’être la sœur (la cadette 妹) du frère aîné, qui est  » celui qu’elle soutient  primordialement  » , sur  « celui qu’elle veille » – Rapport → cadette ↔ frère aîné . Cette cadette est la représentante en puissance, du féminin dit « sacré » au sein même de la fratrie.   ©karatehistorique.wordpress.com

La sœur cadette 妹 protectrice du frère aîné 兄 (姉妹神).
Ce lien de sang se veut encore plus puissant que celui de : père-fille ou que celui de mari-épouse. Sans être d’ailleurs une chamane, cette sœur possède, intrinsèquement, le pouvoir de protectrice : « Onarigami → おなり神 → ヲナリ神 »onari  » signifie quelque  chose comme → devenir おなり/ をなり Le caractère  » kami » 神 signifie  » divin ». La sœur cadette 妹 devient une divinité protectrice » Onarigami « et son frère aîné兄 devient le « Ékéri » ; que je traduis par « celui qui reçoit » ,  « l’oint »  

Au plus haut sommet de la pyramide royal : le roi ; il dispose du pouvoir temporel et sa sœur en tant que la Noro Kigoé Ogimi → 聞得大君 , dispose du pouvoir spirituel.

Selon une tradition orale,   les hommes ( les garçons) sont de la mer et les femmes  (les filles ) sont du divin 「男は海人、女は神人」 » Une autre tradition orale rapporte que le sens du terme « Amamiku 祖神アマミク » (琉球神道) culte matriarcal (*1), cité plus haut serait le suivant : le caractère employé pour écrire le mot « mer 海  » se lit également « ama / アマ / 海 »Les Okinawïens emploient souvent (en dialecte) le terme de « peuple de la mer » → Uminchū 海人/ ウミンチュ pour parler d’eux . Le caractère employé pour écrire le mot  » céleste  » se lit également → « ama / アマ / 天人 » qui signifierait donc→  » le peuple céleste » le  » peuple de la voie lactée  » Amanchū / アマンチュ) » De la proviendrait, selon cette tradition orale, le nom du culte « Amamiku 祖神アマミク » —-   (*1) le  terme « culte matriarcal » ne signifie pas qu’il s’est obligatoirement développé au sein d’une société matriarcale.フォーリヨン クリスチャン –

▣ — ApartéÀ ce sujet; Il n’est pas improbable que cette tradition prenne ses sources dans la légende chinoise de  » Nǚwā shénhuà  » 女娲神话 qui elle même semble apparentée au couple complémentaire du nāgī et nāga indien (नाग  et dont on retrouverait les traces jusque dans le mythe mésopotamien d’Adam& Ève )  Nǚ wā 女娲 « est une Déesse qui a façonné les premiers humains, à partir de la glaise, sur l’axe du monde le mont Kun-lun 崑崙山 (qui serait le mont Meru).  ©karatehistorique.wordpress.com

Certains détails de la légende donnent à le penser.

Fig.0695- Nǚwā 女娲 unit avec son frère Fuxi 伏羲 – relief en en bois sculpté.  Nǚwā tient un compas dans sa main et son frère une équerre.  Le compas pour le ciel天 et l’équerre pour la terre 地. 天地 / 天地の神々.

Les corollaires :
1) les liens (quoi que incestueux dans le cadre de la légende) qui l’unissent à son frère aîné Fuxi 伏羲 ,
2) Nǚ wā 女娲 est une divinité créatrice au corps mi-femme mi-reptile,
3) le role important , toujours dans le cadre de la légende, d’un éventail 扇 tressé avec des végétaux.
Aux îles Ryûkyû(s) Il y a un rituel (décrit comme tel) où les Noro(s) ornent leur coiffure avec des (peaux de ?) serpents Habu ハブ/蛇 , quand à l’éventail 神扇, bien qu’il ne soit pas (que) confectionné  en végétaux, c’est un des trois plus important objet d’apparat quelles portent lors des cérémonies (voir bas de page).   ©karatehistorique.wordpress.com
Fin de l’aparté —-▣ — 

Les Noro -Kigoé Ogimi → 聞得大君 en vertu des pouvoir divins qui leurs étaient conférés; dirigeaient les cérémonies rituelles et veillaient sur les lieux sacrés; elle officiaient pour le bien de la communauté entière et plus précisément pour la pérennité du royaume, pour que la paix et l’harmonie règnent sur toute son étendue, pour que les traversées maritimes, qui étaient à l’époque périlleuses, soient épargnées par les naufrages et les pirates, pour la fertilité des sols et la bienveillance de la pluie et du vent, pour éviter la venue des famines qui étaient un fléau cyclique du fait des sécheresses prolongées, pour protéger l’archipel des ravages des typhons, etc.

L’influence mystique des Noro sur la conduite de la guerre et des combattants.

Pendant la période troublée des trois royaumes Sanzan Jidai 三山時代 (1322 -1429) (l’époque des trois monts)  elles priaient pour la venue de la paix. Ce qui ne devait pas les empêcher de prier également pour que leur fief, leur clan sorte victorieux de la guerre.

Leur souverain de frère (pour les plus nobles ) et leur combattants de frères (pour les moins nobles) , portaient selon la tradition, une mèche de leur cheveux ou un talisman en étoffe confectionnées de leurs mains. Cette coutume n’était pas réservée aux chamanes, les femmes sans connaissances ou fonctions chamaniques faisaient exactement la même offrande à leur frère pour les protéger au combat en vertu du pouvoir de protectrice qui leur est conféré de part leur statut féminin et la hiérarchie dans la fratrie : « Onarigami おなり神  ↔   Ékéri えけり (cité plus haut)

Les Noro → Kikoé Ogimi 聞得大君 ne prenaient pas part directement aux combats (*) mais pouvaient influencer la décision du roi et concernant l’heure, le lieu et éventuellement la stratégie voire la tactique à appliquer quand les forces de la nature, par le biais de la météo,  défavorable, s’en mêlaient. ©karatehistorique.wordpress.com

(*) Quoi qu’un texte ancien (民話 mythe) dit le  » Irou Setsuden 遺老説伝・遺老説傳  » relate qu’une Noro → Kikoé Ogimi 聞得大君 aurait revêtu une armure et un sabre (?) lorsque la jonque royale sur lequel elle se trouvait, aurait commencé à dériver dans l’océan Pacifique.

Texte assez surprenant car les Noro(s) → Kikoé Ogimi 聞得大君 étaient tournées corps et âme vers la fertilité et la protection de la vie 生・生命・命を守る  et que aucun autre texte ne relate la présence de Noro → Kikoé Ogimi 聞得大君 portant des armes ou tout simplement comme étant présentes sur un champ de bataille. La vie avec un V majuscule 生命 était l’axe de leur sacerdoce. D’ailleurs à ce sujet, il faut signaler qu’elles ne s’occupaient (semble-t-il); ni des rites mortuaires, ni des prières funéraires. Par contre; il existe des cas où une sépulture de Noro soit devenue un lieu sacré « Utaki 御嶽 /うたき/おん/わん » car même après la mort, la parcelle de divinité « l’axe du temps » qu’elle portait en elle ne pouvait mourir (il ne faisait que changer de corps) . Les villageois rendaient grâce ainsi à l’enveloppe charnelle qui l’avait contenu.  Dans les temps reculés leur coffre mortuaire (cercueil.) était suspendu dans les branches d’un arbre pour que leur dépouille soit en un espace médian, entre terre et ciel.

Fig.0691 – Un lieu sacré Utaki 東の御嶽  / île de Hamahiga / 浜比嘉島。

Le pouvoir le plus impressionnant quelle possédaient était celui que les textes anciens nomment le « Seiji /霊威/ セジ » ( voire « Sedji セヂ » , ou « Suji スジ »selon le dialecte ) qui se transmet par le lien de sang générationnel suivant : grand-mère ↔ petite fille 祖母から孫娘. Au cours d’une cérémonie, le passage s’effectuait ainsi (du moins d’après ce que j’en ai compris) : la grand mère transférait (ウプティシジ/ 祖母霊) à sa petite fille, le feu ( la lumière sacrée) matérialisé par un récipient cérémoniel  (encensoir 香炉) de couleur blanche qui contenait des bâtons d’encens en train de se consumer dans les cendres des centaines (millier ?) de bâtons d’encens que contenait le dit récipient et quelle avait dédié à la divinité du feu, censée représenter elle-même la lumière sacrée 火神 ヒヌカン → てぃーだ/太陽 → 日神 テダ → 光.

Ce terme Seiji 霊威 ressort assez souvent dans les chroniques du « Omoro Sōshi おもろさうし » ; compilation de chansons et poèmes anciens des îles Ryû-kyû(s)

Seiji 霊威; Difficile; à traduire : 霊威 « âme, esprit tout puissant » , « puissance surnaturelle »,  » force surnaturelle » , « puissance occulte » voire « irrésistible puissance »

 » Si tu transmets le Seiji 霊威 à une épée; elle deviendra une Épée Seiji 霊剣, si tu transmets le Seiji 霊威 à une pierre elle deviendra une Pierre Seiji 霊石, si tu transmets le Seiji à une embarcation , elle deviendra une Embarcation Seiji 霊舟, si tu transmets le Seiji 霊威 à un homme il deviendra un Homme Seiji 霊人  «  → 超人 un homme au puissants pouvoirs. Comme par hasard, le lieu ou on peut « obtenir » le maximum de force  » Seiji 霊威  » est situé sur l’île de  Kudaka Jima 久高島 (citée plus haut) dans une clairière sacrée où les hommes étaient (et sont toujours) interdits d’accès. Certains en ont déduit  que le  » Seiji 霊威  » serait ni plus ni moins l’effet procurer par l’absorption d’une drogue. Cependant il faut savoir que, que ce soit les Noro(s) ou les yuta(s) les chaman(e)s d’Okinawa ne se servent d’aucune substance psychotrope et ne semble s’en n’être jamais servies (*)  (Je n’ai pas trouvé de détail sur le déroulement du rituel)

(*)  Cependant, pour nuancer cette affirmation il faut préciser que dans les temps reculés, les chamanes se coiffaient d’une couronne de feuilles et de fleurs 蔓冠 dont un des éléments était l’Azaka (Ryûkyû Aoki リュ ウキュウアオキ) le Psycotre rouge.  Le Psychotria est un genre de plantes de la famille des Rubiaceae qui pousse dans les régions chaudes et tropicales.  En Amérique du sud, le Psychotria (viridis) est notamment connue pour son rôle dans la préparation de l’ayahuasca utilisé lors de rites chamaniques. 

Quelques texte 宗教儀式名 font allusions à la « technique » de la prière qui se nomme également  Té / Ti (un peu à la manière du todé / karaté des temps anciens pour désigner une « technique » ) le : kimitésuri  →  kimi君té手suri摩 et qui peut se traduire par : la technique de la Noro →   les mains手 de la chamane君 se frottent手摩 l’une sur l’autre pendant tout le temps de la prière.

On peut comprendre l’attrait que pouvait exercer ce « petit plus » à une époque où la médecine était plus que rudimentaire, la maladie et la mort omniprésente et que pour un homme qui partait combattre ou effectuer une traversée maritime; la force spirituelle ainsi obtenue, ne devait pas être négligeable, ni négligée.

Cette tradition ne ressort plus dans les textes du : 18e, 19e et 20e siecle, (du moins à ma connaissance) cela provient certainement du déclin de la puissance des Noro-Kikoé Ogimi 聞得大君 qui est survenu après l’invasion de l’archipel des Ryûkyû(s) par le clan de Satsuma 薩摩藩 Les Japonais n’appréciaient pas vraiment la puissance supposée des femmes chamanes et le rôle important (mais non le premier) qu’elles avaient au cœur de société okinawïenne.   ©karatehistorique.wordpress.com

Cependant la dernière Noro (officiellement nommée ) → Kikoé Ogimi 聞得大君 ( et officiellement connue) n’est décédée qu’en 1967 (十八代/思戸金翁主 1887-1967), il est plus que probable que la tradition ait fait comme avec beaucoup de composants de la société okinawïenne pendants ces siècles difficiles; elle est tout simplement restée dans l’ombre pour ne pas dire invisible. Actuellement , il suffit se donner la peine de chercher pour en trouver de nombreuses et lumineuse traces. Des Noro(s), même si elles ne sont pas nombreuses, sont encore bien présentes et n’hésitent pas à se montrer au grand jour.

À savoir : Quelques appellations courantes de chamanes. Ces appellations peuvent recouvrir des différences notables en ce qui concerne la hiérarchie, les compétences, les pouvoirs qui leurs sont attribués et les domaines ésotérique-exotérique exploités; je les donne pour indication :

Noro-Kikoé Ogimi / ノロ / Nuru ヌール / Nūru ヌル (宣) ⇒ Grande Prêtresse, appelée et de part leur fonction officielle → Kikoé Ogimi 聞得大君 ; nominatif composé, entre autres, des caractèeres suivants : entendre →聞 et bénéficier→ 得, et qui peut se traduire de la façon suivante →  » bénéficiant de la parole divine (du son divin)  »
Noro / ノロ / Nuru ヌール / Nūru ヌル (宣) ⇒ Prêtresse
Kaminchu / 神人 / ハミンチュ / かみんちゅ (divinité humaine) terme généraliste ⇒ アマミヤ / 女神
Sasukassa / さすかさ/ 差笠 / ⇒ tresser un chapeau de paille, une couronne végétale) ⇒ Prêtresse 神女 secondant les Noro-Kikoé Ogimi ノロ (? ) Un nom diffèrent leur est attribué : « Ooriyahe → あおりやへ / 煽りやへ » voire  » ōré オーレ »en dialecte qui semble signifier * inciter/ attiser (?) Celle qui attise (?)
Tukassa / ツカサ/ 嶽のツカサ/ (?)   ©karatehistorique.wordpress.com
Nigami / Négami / ネガミ/ ニガミ / ニーガン / 根神 ⇒ 村落内の各門中 ⇒ 根racine(s) 神divine(s) ⇒ Officiante de village (姉妹 ウナイ)
Yuta ユタ(voire Yota) chaman(e)s femmes, ou hommes sans préjugés de classes sociales. Ces chamans villageois voire régionalistes et urbains, sont actuellement nombreux à officier dans l’archipel. Leur art est basé en grande partie sur la science divinatoire léguée par la tradition (chinoise) du Taoïsme. Les hommes semblent avoir investi une place qu’il ne possédaient pas dans les temps anciens; les yuta(s) ユタ sont de fait des deux sexes.

De nos jours nombreux sont les personnes qui font appels au pouvoir des chamanes « Yuta ユタ » pour le rituel de construction d’habitation. Beaucoup de maîtres possédant un dōjō font de même quand il s’agit de bénir le terrain et les fondations du bâtiments (ou tout simplement celles de leur domicile) . Le bouddhisme a pris d’importantes parts de marché dans le domaine mais les chamanes tirent encore bien leur épingle du jeu. Je pense que tant qu’Okinawa perdura , les chamanes continueront d’exister, d’ailleurs, c’est simple; aucune religion n’en ait venu à bout.  Que se soit : le confucianisme 儒家, le taoïsme 道教, le bouddhisme (école japonaise ésotérique Shingon branche japonaise du bouddhisme Mahāyāna, par le biais des envahisseurs de Satsuma 薩摩藩) le shintoïsme 神道 du grand japon (qui pourtant semble avoir un fort lien originel). Même le christianisme par le biais du protestantisme qui a mis d’énormes moyens pour en venir à bout s’y est également cassés les dents. Toutes ces religions citées ont obtenu quelques victoires mais elles n’ont jamais gagné la guerre. De là ce cafouillage extra-intra-religieux (syncrétisme) qui se superpose dans certains périmètres divins.

À ce sujet voir la page suivante : L’Okinawaden Bubishi – partie 2 – La légende de Fang Qiniang et de la boxe de la grue blanche.  ©karatehistorique.wordpress.com

Fig.0702- Le vêtement de cérémonie de couleur blanc 絹の白衣 des Noro ; le Dōjinn 胴衣 . Ce vêtement est en fait composé de deux pièces distinctes qui sont le Dōjinn 胴衣 (d’inspiration japonaise) et le Kakan裙.

Les trois plus importants objets rituels de la Noro ノロ ; qu’elle porte sur elle lors des rituels ノロの三種の神器  :

Fig.0692-  Le collier « magatama 勾玉 »   /曲玉 / 勾玉  Source :今帰仁村歴史文化センターより / Musée de Nakijin- Okinawa

Fig.0694-  L’éventail sacré « kami O-ugi 神扇 » ↔ 鳳凰扇 /大扇/大唐扇   Source :久高島民俗資料室より / Musée de Kudaka Jima

Fig.0693-  L’aiguille à cheveux  » kanzashi 簪 »   Source :今帰仁村歴史文化センターより / Musée de Nakijin- Okinawa

Chant divin 神歌     グゥキマーイのティルル   ♪

アガリトトゥウプヌシ, チチヤトトゥウプヌシ
ムムトゥマール ティントマール,
イザイホー ナンチュホー,
クダカシーガ , ハイティメール,
ハンアシャギ , ハンガマミヤ,
マチヌシュラウヤサメーガ タボーチメール,
タルマミキ ピザイダチ, ニギリダチ, サシプターラ

 

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 L’histoire du karaté Okinawaïen  沖縄空手の歴史 Christian Faurillon -フォーリヨン・クリスチャン ©2015

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